Seul le discours prononcé fait
foi
58ème Congrès
de la FNSEA
Le Grand Bornand, 31 mars
2004
Discours
d'ouverture
de
Jean-Michel Lemétayer,
Président de la
FNSEA
Mesdames, Messieurs les
Présidents,
Mes chers
amis,
Cher Joseph,
Je suis très heureux de vous
accueillir pour notre 58ème congrès.
Si nous sommes réunis aujourd'hui
au Grand-Bornand, ce n'est pas tout à fait par hasard.
Tout d'abord, c'est la première
fois que nous tenons notre congrès dans une petite commune de haute montagne.
Un an après notre congrès de Rodez
sur la ruralité, ici nous venons à la rencontre d'une ruralité telle que nous la
voulons : vivante, chaleureuse, accueillante.
Et avant toute chose, je voudrais
féliciter Joseph Favre et Jean-Luc Bidal ainsi que toute leur équipe, qui se
démènent, sans compter, depuis près d'un an pour nous accueillir dans les
meilleures conditions possibles. Ils ont fait un travail formidable.
En votre nom, je les remercie et
je crois qu'on peut les applaudir.
Et puis nous sommes au cœur d'une
agriculture à la française, à dimension humaine, à laquelle nous sommes tous
très attachés et que nous voulons défendre coûte que coûte.
Depuis hier, nous découvrons une
agriculture dynamique et multiforme. Une agriculture qui contribue
harmonieusement à l'essor économique et à la qualité de vie dans cette région de
montagne.
C'est cette image d'espoir que
nous devons garder en nous après l'année que nous venons de
vivre.
Car l'année 2003 restera à coup
sûr gravée dans tous les esprits paysans comme une année
noire.
Aux effets dévastateurs d'une
sécheresse tout à fait exceptionnelle, sont venues s'ajouter les crises
dramatiques de certaines productions. Je pense en particulier au porc, à
l'aviculture, à la viticulture, au début de crise laitière, à la production
bananière.
Notre mobilisation syndicale, le
dévouement de nos collaborateurs, un réseau efficace et la traditionnelle
solidarité propre à notre profession ont heureusement permis de colmater
quelques brèches et d'éviter le pire.
Alors que nos territoires étaient
frappés par le gel, la sécheresse ou les inondations, je voudrais vous féliciter
d'avoir su réagir en hommes responsables et solidaires.
Vous n'avez pas ménagé votre peine
pour venir en aide aux exploitations les plus touchées.
Et nous avons, tous ensemble,
organisé un formidable mouvement de solidarité, particulièrement pour apporter
du fourrage à tous les éleveurs qui en manquaient.
Qu'aurait fait le Gouvernement
s'il n'y avait pas eu le réseau FNSEA pour assurer le transport de 350 000
tonnes de paille ?
Du fond du cœur : merci à
tous !
Notre congrès s'inscrit dans une
actualité particulière, amplifiée par les médias, et il est beaucoup question de
renouveau de notre syndicalisme.
Permettez-moi de situer les choses
dans leur contexte.
L'an dernier, la Commission
européenne a décidé de nous sanctionner pour notre action syndicale viande
bovine, pour avoir défendu le prix payé aux éleveurs de viande
bovine.
Au-delà du montant exorbitant de
l'amende, nous avons tout à redouter de la condamnation des corps intermédiaires
que porte ainsi l'Union européenne.
Pour la Commission, rien ne doit
venir perturber la circulation des marchandises, et surtout pas les
syndicats.
La Commission ne pouvait exprimer
une opinion plus libérale. Une opinion plus dangereuse pour une organisation
comme la nôtre qui entend prendre toutes ses responsabilités dans la régulation
de l'économie et de la gestion des marchés.
C'est la raison pour laquelle nous
avons décidé de consacrer notre congrès au thème du syndicalisme, à sa fonction
dans l'économie, à son rôle dans la démocratie.
Hier, lors du huis-clos, nous
avons commencé à débattre entre nous de différents aspects et bien sûr nous
continuerons aujourd'hui.
Tout d'abord nous donnerons la
parole aux grands témoins que nous avons invités et qui nous diront leur
conception des corps intermédiaires.
Ensuite, notre secrétaire général,
Dominique Chardon, et les secrétaires généraux adjoints, Dominique Barrau,
Jean-Bernard Bayard, Pascal Coste, Christian Decerle, Pascal Férey présenteront
le rapport d'orientation.
Nous en discuterons ensemble lors
du débat sur les amendements. Comme vous le savez, cette année, nous avons
regroupé vos amendements en quatre thèmes : pluralisme syndical,
syndicalisme et politique, financement du syndicalisme et syndicalisme et
pouvoir économique.
Si nous avons fait ce choix de
regrouper les amendements et de focaliser la discussion sur 4 thèmes, ce n'est
pas pour " moins de démocratie " mais au contraire pour " plus de
démocratie ".
En effet, vous avez constaté, l'an
dernier, qu'en examinant un par un 50 amendements, nous ne pouvions pas, en 2
heures 1/2, c'est à dire 3 minutes par amendement, avoir une discussion
approfondie.
Cette année, en concentrant notre
discussion sur 4 thèmes, je suis persuadé que nous pourrons avoir des débats
plus riches, plus fructueux, en définitive plus démocratiques.
Je sais que dans vos départements
et vos régions, vous avez déjà engagé des discussions sur le rapport
d'orientation. Je sais que pour certains d'entre vous, le rapport est trop
timide, pour d'autres, certains aspects sont trop novateurs.
Le débat est organisé pour que
l'on puisse tout se dire : je ne peux que vous encourager à y participer.
Chacune de vos réflexions enrichira notre travail.
Ce rapport est une nouvelle étape
dans le travail que nous avons engagé pour rénover notre
organisation.
Nous voulons être de notre temps
et pour cela nous devons nous affirmer comme un syndicalisme ouvert et
moderne
Bien entendu, au cours de ce
congrès, il sera aussi question des crises que subissent de trop nombreux
secteurs de productions. Les tables rondes qui y sont consacrées, ce matin avec
les associations spécialisées, nous permettront de faire le point et de tracer
des perspectives.
Et puis bien sûr, nous ne pouvions
pas ne pas parler de la PAC. Depuis le 26 juin 2003, une réforme est engagée.
Pour l'instant, il y a plus d'ombre que de lumière dans les textes qu'on nous
prépare. Et malgré nos actions répétées, nous avons bien du mal à obtenir des
éclaircissements.
Nous en parlerons demain, lors de
la table ronde que nous y consacrons.
Nous accueillerons nos invités
étrangers qui nous diront ce qu'ils en pensent et avec lesquels nous avons au
moins un point de vue en commun sur cette politique agricole : la
complexité.
Nous y évoquerons aussi, bien sûr,
cette Europe élargie qui nous attend dans quelques semaines.
Mes chers amis,
Plus que jamais, face à une
politique agricole vacillante, face à une conjoncture tendue, face aux attaques
contre les corps intermédiaires, nous avons besoin d'une organisation forte et
unie. Cette organisation, c'est la FNSEA.
Ce congrès fera une nouvelle fois
la démonstration que, malgré l'acharnement à vouloir nous détruire de ceux qui
nous craignent, la FNSEA est plus que jamais une maison ouverte où chacun a sa
place, où toutes les opinions peuvent être défendues.
Une maison qui se veut
transparente dans son fonctionnement, claire dans ses pratiques et son
financement, rigoureuse dans sa volonté de neutralité par rapport aux partis
politiques quels qu'ils soient.
Une maison ouverte où –à l'abri
des stériles querelles de chapelle – on prépare l'avenir en toute indépendance
et avec réalisme.
Très bon congrès à tous.
Je vous remercie.