Seul le discours prononcé fait
foi
58ème
Congrès de la FNSEA
Le
Grand-Bornand, 1er avril 2004
Discours de Jean-Michel
Lemétayer,
Président de la
FNSEA
Monsieur le
Ministre,
Monsieur le Secrétaire d'État,
Mesdames et Messieurs les
Parlementaires,
Mesdames, Messieurs
les Présidents,
Chers Amis,
Monsieur le Ministre,
Soyez le bienvenu au
58ème congrès de la FNSEA.
Je ne sais pas trop, d'ailleurs,
lequel de nous est ici l'invité de l'autre, tant vous êtes chez vous dans cette
magnifique province de Savoie, si chère à votre cœur.
Considérons, si vous voulez bien,
que vous êtes ici à la fois mon invité et celui des agriculteurs de
Haute-Savoie, qui nous ont si admirablement accueillis, tout au long des trois
jours de ce congrès.
Je souhaite également la bienvenue
à Monsieur Forissier, secrétaire d'État à l'Agriculture, qui effectue à vos
côtés sa première sortie officielle.
[Dossier Unigrains : notre
soutien]
Permettez-moi, M. le Ministre,
avant de me tourner vers vous, d'adresser quelques mots aux responsables de la
FNSEA réunis dans cette salle.
Depuis plusieurs semaines, une
action judiciaire, relayée et amplifiée par les médias, tend à jeter le
discrédit sur notre organisation.
Henri de Benoist nous a expliqué,
mardi, avec beaucoup de clarté et de chaleur, qu'on fait là un procès à
l'histoire et à la solidarité manifestée par les céréaliers à l'égard du monde
de l'élevage.
Je suis parfaitement serein et je
souhaite que toute la lumière soit faite rapidement.
Laissons la justice faire son
travail et la baudruche va se dégonfler.
Le malheur, c'est qu'en attendant,
certains en profitent pour calomnier des dirigeants et collaborateurs
irréprochables, qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes à notre combat commun. Je
sais combien ces attaques injustes les meurtrissent.
À eux tous, et en particulier à toi
Luc, et à toi Eugène, je veux dire ici, publiquement et solennellement, que vous
n'avez fait que votre devoir, avec droiture, dans le seul souci de défendre les
paysans.
Dans l'épreuve injuste que vous
traversez, vous-mêmes et vos familles, je veux, en notre nom à tous, vous
assurer de notre soutien et de notre amitié.
[ça ne tourne plus
rond]
Monsieur le Ministre,
Le 1er mars dernier, la
FNSEA a rassemblé 5000 militants pour dire le projet que nous voulons pour
l'agriculture. J'y reviendrai tout à l'heure.
Au cours de ce meeting, l'humoriste
Jacques Mailhot a remporté un vif succès. Il a brossé le portrait, à la fois
grinçant et amusant, d'une France sans agriculteurs.
Et il a terminé son intervention
par les mots suivants :
" La France tournera en
rond...Normal...il n'y aura plus le bon sens paysan ".
Il ne croyait sans doute pas si
bien dire.
Parce que le bon sens paysan, on
n'en tient plus tellement compte. Et c'est pour cette raison, qu'en agriculture,
ça ne tourne plus très rond.
Et on peut se demander si le manque
de repères ne dépasse pas désormais notre seul secteur.
Monsieur le Ministre, si nous
sommes le 1er avril, ne croyez surtout pas que je vais noyer le
poisson !
Si vous le voulez bien, je vais
commencer par faire l'inventaire de tout ce qui ne tourne pas rond.
Je vous présenterai ensuite le
projet qui redonnera du sens à l'agriculture.
[Ce qui ne va
pas]
[Le ciel ne tourne pas
rond]
Ça ne tourne pas rond, à commencer
par le climat lui-même, qui se dérègle et nous inflige des catastrophes à
répétition : gel, sécheresse, inondations. Mais là, je vous l'accorde, vous
n'y êtes pour rien ...enfin à ma connaissance !
L'année 2003 a été une succession
de coups durs.
Mais les paysans n'ont pas pour
habitude de se laisser abattre. Ils ont organisé un formidable mouvement de
solidarité, sur l'ensemble du territoire, pour venir en aide aux exploitations
les plus meurtries.
Rendez-vous compte : 350 000
tonnes de paille acheminées !
Ces coups durs ont surtout fait
apparaître les lacunes du fonds de garantie des calamités agricoles.
Lacunes que vous avez vous-même
renforcées par votre circulaire du 5 janvier dernier.
En effet, par ce texte, vous
revalorisez le prix des céréales, et par voie de conséquence, vous excluez de
nombreux céréaliers du régime d'indemnisation des calamités ; et même, dans
certains cas, vous allez réaliser l'exploit de contraindre certains éleveurs à
rembourser les maigres avances qu'ils avaient perçues.
Il faut corriger cette circulaire
sans perdre une seconde.
Dans la foulée, profitez-en pour
autoriser le pâturage des jachères dès ce printemps : il n'y a pas de stock
dans les exploitations !
Nous avions déjà évoqué ensemble,
l'an dernier à Rodez, les limites du fonds des calamités.
Et à cette occasion, Monsieur le
Ministre, vous aviez pris l'engagement de creuser des pistes nouvelles dans la
voie de l'assurance-récolte.
Cette voie est-elle
impénétrable ? Tout porterait à le croire si l'on s'en tenait au bilan des
travaux engagés depuis l'an dernier.
Pourtant, les expériences conduites
dans d'autres pays nous montrent la faisabilité du dispositif.
Chez nous aussi, Groupama a conduit
des travaux de qualité dont vous devriez vous inspirer.
Alors qu'est-ce qu'on attend pour
avancer ?
[L'accord de
Luxembourg]
Du côté de Bruxelles, non plus, ça
ne tourne pas bien rond.
La réforme de Luxembourg n'est pas
la nôtre, nous l'avons expliqué à plusieurs reprises. Nous ne pouvons pas
accepter cette logique de baisse de prix et d'abandon de gestion des marchés.
Je suis convaincu qu'au fond de
vous-même vous n'y souscrivez pas non plus. Malgré tout, vous l'avez signé cet
accord de Luxembourg !
Désormais, cette réforme est en
route. On ne peut plus faire marche arrière, mais il faudrait au moins éviter
qu'elle nous envoie dans le mur !
Pour préparer la mise en œuvre de
la réforme, des groupes de travail ont été mis en place. Ce sont des groupes,
c'est certain. Mais de travail, ça c'est moins sûr...
Avec cette réforme, on navigue à
vue si on peut dire car on n'y voit pas grand chose.
Sur les droits à paiement par
exemple. Que peut-on dire ? Quelles certitudes avons-nous ?
L'accord du 26 juin indique,
semble-t-il, que leur transfert sera marchand.
Vous-même vous avez laissé entendre
qu'ils pouvaient être non marchands.
Vos services disent tantôt l'un
tantôt l'autre, selon les jours de la semaine et la personne que l'on interroge.
Voilà un cafouillage qui en dit
long sur les chausses-trappes et autres absurdités bureaucratiques d'un accord
dont on nous disait qu'il allait simplifier la vie des paysans !
Mettez-vous à la place de
l'agriculteur qui achète aujourd'hui une parcelle de terre.
Il ne sait pas s'il l'acquiert avec
ou sans les droits à paiement.
Il ne sait pas si dans deux ans il
devra se tourner vers le vendeur, vers la CDOA, vers la DDA ou vers le
Saint-Esprit !...
Il faut sortir de ce sac
d'embrouilles. En commençant par dire clairement que, pendant la période
transitoire, les droits à paiement sont liés à la terre.
Comment, sur une même exploitation,
allons-nous gérer des droits à produire, des droits à primes et des droits à
paiement ?
Et dans la même veine, nous avons
cette affaire des pâturages permanents qui dépasse l'entendement : quelle
est la bonne définition d'un pâturage permanent ? comment seront gérées à
l'avenir les rotations longues ? quelle sera la référence retenue dans le
cadre de la conditionnalité ? Personne ne le sait !
Et que sait-on de la
conditionnalité ? On nous parle de contrôle sur les indicateurs ou
d'indicateurs de contrôle. On ne sait plus très bien.
Si ça continue, on va inventer des
indicateurs de complexité. Je suis certain que les fonctionnaires européens les
respecteraient tous, il suffirait de lire le Journal Officiel des Communautés
européennes pour s'en convaincre !
Les paysans vous demandent
instamment, Monsieur le Ministre d'éclairer leur lanterne pour qu'ils sachent de
quoi demain sera fait.
Nous nageons dans les
incertitudes : quel budget ? Quelles conséquences de
l'élargissement ? Quel fonctionnement des institutions ?
Ces graves questions, évoquées lors
de notre congrès, assombrissent toujours plus notre avenir.
[Les charges]
Ça ne tourne pas rond en Europe. Ça
ne tourne pas bien rond en France non plus.
Les charges s'accumulent sur les
exploitations.
Vous le savez, il paraît qu'il se
monte une émission de télévision : " la ferme des célébrités ",
Bercy pourrait lancer la ferme des surchargés !
Je voudrais rappeler ce qu'avait
déclaré, dans son discours de politique générale, le Premier ministre en juillet
2002. Je le cite : " Les baisses de charges constituent la clé de
voûte de notre stratégie ".
Et bien, j'ai peur que la voûte
nous soit tombée dessus !
Il faut reconnaître qu'il y a eu
quelques avancées, notamment en matière de plus-values
professionnelles.
Mais la balance penche du mauvais
côté.
Alors résumons :
- Augmentation de l'assiette
minimale assurance vieillesse, coût : 28 millions
d'euros !
- Cotisation de solidarité,
coût : 108 millions d'euros !
- Contribution formation à la
charge des employeurs, coût : 3 millions d'euros !
Et je ne parle pas de
l'augmentation du SMIC qui à elle seule a coûté plus de 200 millions d'euros aux
employeurs agricoles.
Ça c'est déjà dans votre
musette !
Et il semblerait que ce ne soit pas
fini.
D'abord, on nous dit que la
contribution formation devrait encore augmenter : 12 millions d'euros.
Quant à l'équarrissage, les choses
sont moins claires que jamais.
[l'équarrissage]
Vous aviez pris, M. le Ministre, la
décision que les producteurs ne paieraient pas.
Il est incompréhensible qu'une
décision aussi attendue soit aussi difficile à mettre en application.
L'enjeu est quand même de 243
millions d'euros !
[l'électricité]
Quant au coût de l'électricité,
c'est un mystère. Là, on atteint les sommets de l'absurde.
Le gouvernement a décidé d'ouvrir à
la concurrence le marché de l'électricité afin d'en baisser le prix pour les
utilisateurs.
Et bien, figurez-vous que le
premier effet de cette libéralisation sera de supprimer des tarifs saisonniers
dont bénéficient notamment les irrigants et les éleveurs. Et le coût pour
l'agriculture serait de 40 millions d'euros.
À ce tarif, je préfère les
monopoles !
[la loi sur
l'eau]
Il faut aussi dire un mot de la loi
sur l'eau. Car dans les ministères, ça bouillonne pour inventer de nouvelles
taxes.
Faisons les comptes :
- Pour l'azote : 54 millions
d'euros par an en taxant les engrais et les aliments du bétail.
- Pour l'eau d'irrigation,
l'ambition est d'atteindre 25 à 50 millions d'euros par an.
- En plus il faut ajouter 40
millions d'euros de TGAP phytos.
Donc reprenons : 54 pour
l'azote + 50 pour l'irrigation + 40 pour les phytos, ça fait 144 millions
d'euros par an !
Une paille dans la
limonade
Alors au final, la barque sera
tellement pleine, que l'on va couler et, Monsieur le Ministre, vous justifierez
même pour nous votre titre de ministre de la Pêche !
[La paperasse]
Ça ne tourne pas rond non plus à
cause de l'inflation de paperasse !
Déjà, on peut compter sur Bruxelles
pour nous faire pleuvoir des formulaires, pour nous inventer des
réglementations, pour nous noyer sous les circulaires. Bruxelles est un endroit
béni pour les juristes à l'esprit torturé qui sont capables de réglementer la
taille des spaghetti et la longueur des préservatifs !
Mais nous avons aussi en France nos
fonctionnaires qui se défendent plutôt bien dans le registre de la paperasse.
Et puis, vous connaissez la
dernière en date ? Le paiement de la P.H.A.E. est refusé à certains
éleveurs.
Vous savez
pourquoi ?
Parce qu'ils ne respectent pas les
contraintes environnementales ? Non.
Parce qu'ils n'ont pas extensifié
leur production ? Non.
Parce qu'ils n'ont pas maintenu
leurs parcelles en herbe ?
Non, rien de tout cela.
Ils ont commis une faute bien plus
grave.
Figurez-vous qu'ils n'ont pas
colorié leur plan cadastral !
Voilà où nous en sommes : les
agriculteurs sont sanctionnés parce qu'ils n'ont pas remis leur devoir de
coloriage !
Alors monsieur le Ministre, puisque
nous sommes à la montagne, entre la porte des charges et la porte de la
paperasse, les agriculteurs en ont marre de slalomer.
Vous avouerez que c'est un slalom
géant ... bien spécial !
[La grande
distribution]
Et ça ne tourne pas rond non plus
avec la Grande Distribution.
J'ai eu la faiblesse de croire que
notre accord sur les pratiques commerciales aurait modifié le comportement des
grandes surfaces.
Selon Machiavel, " Les lois
pour être observées, ont besoin des bonnes mœurs ". La Grande Distribution
ne doit pas connaître cette exigence morale.
Car son slogan n'a pas changé.
C'est toujours et plus que jamais : " en avant,
marges " !
Et je dirais même plus " en
avant marges arrières !".
Et pour le mettre en pratique, les
distributeurs débordent d'imagination : couponing, ristournes, promotions,
anniversaire du magasin, anniversaire du directeur et autres tickets.
On appelle ça les Nouveaux
Instruments de Promotion : " N ". " I ".
" P ". Les NIP. C'est sûr qu'avec ces nippes-là, on est habillé pour
l'hiver !
Il fallait mettre un frein à tous
ces débordements.
C'est la raison pour laquelle nous
avons engagé des actions.
Elles ont fini par payer : des
sanctions sont prononcées. Elles devraient être connues des consommateurs.
Il faut continuer. Et si ça ne
suffit pas, ils nous retrouveront sur leur route.
De grâce, monsieur le Ministre,
faites respecter la loi.
Il est temps de mettre fin à un
système où les fournisseurs, et en premier lieu les producteurs, sont toujours
la variable d'ajustement.
[Les secteurs de
production]
Vous le savez, ça ne tourne pas
bien rond non plus dans de trop nombreux secteurs de production.
À commencer par le lait qui
affronte une rupture sans précédent. On arrive à un paradoxe. Les quotas ont été
mis en place pour tenir un certain niveau de prix et nous allons avoir à la fois
des quotas et des baisses de prix.
Et on pourrait allonger la liste en
parlant de la situation dramatique des exploitations porcines, de la faillite
des producteurs de banane, de la catastrophe du secteur avicole ou encore du
marasme de la viticulture.
[Rapports]
Alors pour évaluer les difficultés
dans tous ces secteurs, vous n'hésitez pas, Monsieur le Ministre à mettre en
place des réflexions, à mandater des missionnaires, à commander des rapports.
L'agriculture n'a jamais été autant
rapportée !
Rapport sur la filière
porcine ;
Rapport sur la filière
laitière ;
Rapport sur la gestion des risques
climatiques ;
Rapport sur la filière biologique.
Sans parler des groupes de travail
qui se multiplient. C'est encore le cas pour la viticulture récemment.
Et je vous fais grâce des missions,
études et autres clubs de réflexion qui poussent comme des
champignons !
Enfin, au moins, tout ce papier
utilisé concourt très certainement à maintenir la dynamique de la filière
bois !
Mais vous conviendrez monsieur le
Ministre, qu'empiler des rapports n'a jamais fait une politique.
Alors, s'il vous plait, moins de
rapports, moins de colloques, et plus de décisions.
[qualité et
sanitaire]
Ce qui ne tourne pas rond, enfin,
ce sont ces procès que l'on instruit à des agriculteurs accusés d'être les
empoisonneurs publics !
À aucun moment et dans aucun pays,
nous n'avons disposé d'une nourriture aussi variée, équilibrée et sécurisée
qu'en France aujourd'hui.
Et il faudra bien qu'on m'explique
comment des gens intelligents en arrivent à perdre la raison devant leur
assiette.
Comme l'a écrit le professeur
Escande, et je le cite :" il serait temps que les experts nous expliquent
comment séparer ce qui fait peur de ce qui est dangereux. Les souris font peur
mais n'ont jamais mangé personne. Les prises électriques ne font pas peur mais
elles tuent chaque année ". Fin de citation.
Alors, un jour c'est les phyto
sanitaires qui sont sur le banc des accusés, un autre jour c'est les nitrates,
et après c'est au tour des OGM et demain on trouvera autre
chose !
Avec notre bon sens paysan, nous ne
souhaitons qu'une chose : que des autorités scientifiques incontestées nous
disent ce qui est bien et ce qui fait mal.
En attendant, pour contrebalancer
un peu le poids des marchands de peur les agriculteurs n'ont pas d'autre choix
que de poursuivre les efforts engagés.
Sans être des prix Nobel de chimie,
nous savons que nous devons rester vigilants à la qualité et aux quantités de
produits fertilisants et de traitement que nous utilisons.
Nous sommes des paysans. Notre
mission c'est d'offrir au consommateur une alimentation qui a du goût et une
alimentation dont on est sûr.
Une alimentation qui a du goût,
c'est à dire une offre diversifiée, ancrée dans les terroirs, fondée sur des
savoir-faire ancestraux. C'est toute la politique des signes de qualité dans
laquelle les agriculteurs français ont été les pionniers.
Une alimentation dont on est sûr.
Ce qui suppose aussi qu'on mette un terme à la spirale à la baisse des prix.
Si la sécurité alimentaire n'a pas
de prix, elle a un coût. Qu'est-ce que c'est que cette société qui paie de moins
en moins cher ce qui est indispensable et de plus en plus cher ce dont elle n'a
pas besoin ?
[L'OMC]
Ça ne tourne pas rond à Paris, ça
ne tourne pas rond à Bruxelles – que dire de Genève et de l'Organisation
mondiale du commerce.
Sans vouloir retourner le couteau
dans la plaie, je voudrais rappeler qu'on nous disait qu'il fallait réformer la
PAC pour aller à Cancùn.
Cancùn a échoué, la réforme nous
l'avons.
La FNSEA avait dit que Monsieur
Fischler se trompait de stratégie en engageant une réforme : d'abord parce
que ce n'était pas le moment, ensuite parce que le modèle agricole européen
n'était pas défini, enfin parce qu'il n'avait pas de mandat.
Bonne pioche ! Nous avons vu
juste mais trop tôt... et vous... vous vous en êtes rendu compte trop
tard !
Comme M. Fischler, M. Lamy n'a cure
des mandats.
Alors, au travers d'articles de
presse, on apprend une négociation à l'OMC où l'Union européenne offrirait sur
l'autel d'un accord la préférence communautaire et les
restitutions !
On apprend également la signature
prochaine d'un accord avec le MERCOSUR, accord dont on nous dit qu'il
s'accompagnera de grandes concessions dans le marché de la viande
bovine !
Nous sommes allés aux
renseignements sur ce dernier point et savez-vous la réponse qu'on nous a faite
? Les contingents de viande seront trop importants pour nous, mais insuffisants
pour eux.
En langage européen : c'est
bon, allons-y !
Quelle est la position de la
France, Monsieur le Ministre ? Sommes-nous si affaiblis que nous ne
puissions rappeler à l'ordre tous ces commissaires en fin de mandat ?
Pour nous les paysans, le coq
français ne doit pas seulement chanter sur le plan sportif !
Voilà, l'inventaire, non exhaustif,
de ce qui ne tourne pas rond.
[Un projet pour
l'agriculture]
Monsieur le Ministre, vous avez
participé au dernier salon de l'agriculture. Vous avez vu cette foule se presser
dans les allées du salon. Vous savez que sur les 750 000 visiteurs, plus de 550
000 viennent du monde urbain.
Quel plaidoyer pour l'agriculture
de notre pays !
Mais l'agriculture ce n'est pas
seulement un symbole et une belle vitrine. C'est une réalité économique, sociale
et culturelle forte
Cette originalité française,
l'Europe n'en veut pas. Quant au reste du monde, il nous l'envie pour mieux
l'affaiblir.
Je suis à peine caricatural en
disant cela.
Alors, il faut faire valoir nos
volontés.
C'est à nous de préserver une vraie
vie rurale basée sur une agriculture nombreuse et économiquement viable.
C'est à nous d'utiliser l'atout de
la puissance de notre secteur dans les enjeux planétaires du développement
durable.
[La loi de
modernisation]
Face à la nouvelle PAC – PAC ne
signifiant plus Politique Agricole Commune mais Politique Agricole à la Carte –
,
Face aux responsabilités
internationales qui sont les nôtres,
Préparons l'agriculture française à
affronter de nouveaux défis.
C'est ce que nous avons demandé et
qui se traduit par l'annonce d'une grande loi de modernisation.
C'est ce que nous attendons pour, à
l'instar des lois d'orientation du début des années 60, traduire un projet
agricole pour les 30 ans à venir.
Le travail à accomplir est
immense ; nous y sommes prêts. Nous en avons lancé les grands axes avec nos
responsables locaux le 1er mars dernier.
À partir d'une agriculture composée
d'exploitations à taille et responsabilité humaines, nombreuses sur l'ensemble
des territoires et économiquement viables, nous devons rappeler que les paysans
sont d'abord des producteurs de produits alimentaires.
. Ouvrons les dossiers du
fonctionnement des interprofessions et de leur champ de
compétences ;
. Travaillons sur l'étiquetage des
produits, renforçons leur traçabilité en sachant répondre aux attentes de nos
consommateurs ;
. Révisons les conditions générales
des contrats d'intégration ;
. Revoyons les rapports de force
dont use et abuse la grande distribution et réfléchissons à un rétablissement du
blocage des marges sur les produits en crise.
Pour une agriculture présente sur
tous nos territoires, il nous faut :
. Savoir utiliser de façon optimale
le deuxième pilier ;
. Valoriser et protéger les signes
de qualité, seuls garants d'une réelle production agricole dans les zones
difficiles ;
. Drainer de l'épargne en faveur de
nos outils de transformation notamment dans les régions à handicap.
. Ne pas relâcher les efforts que
vous avez déjà engagés pour la politique de la montagne.
Une mise à plat du financement est
indispensable, un allègement des coûts est inévitable, une évolution du statut
de nos entreprises est incontournable :
- Pour leur donner les moyens de
conserver leur compétitivité ;
- Pour permettre leur transmission
dans les meilleures conditions ;
- Pour assurer le renouvellement
des générations et l'installation des jeunes ;
- Pour accompagner la modernisation
et les mises aux normes.
Enfin, sachons tirer parti de la
chance que représente le développement durable pour l'agriculture.
Que nos gouvernants voient les
possibilités offertes par notre secteur de fournir des matières premières pour
une production d'énergies renouvelables.
Ayons sur ce thème une politique
volontariste pour le développement des bio-carburants et surtout, transformons
l'essai avant que les contraintes de l'OMC et autres accords internationaux ne
nous rendent dépendants des pays tiers sur ces productions.
Il y a 40 ans, nos aînés ont su
proposer et accompagner.
Grâce à cette volonté, à leurs
actions, nous sommes ici aujourd'hui avec un secteur d'environ 600 000
entreprises, représentant plus d' un million deux cent mille emplois à temps
plein et réalisant avec l'aval un excédent commercial de 8 milliards et demi
d'euros.
L'ambition qui était la leur, nous
la faisons nôtre. Nous y sommes prêts et préparés.
[Accompagner ce projet :
notre responsabilité]
Pour préparer cette grande loi,
puis pour la mettre en œuvre, vous aurez besoin, monsieur le Ministre, d'une
organisation puissante et responsable.
Depuis près de 60 ans, et sous des
dizaines de gouvernements, la FNSEA a été pour les pouvoirs publics, un
partenaire rugueux mais loyal.
Jamais nous ne nous sommes enfermés
dans un rôle de contestation systématique.
Nous avons pris notre part dans la
définition de la politique agricole, bien sûr, mais nous avons aussi joué notre
rôle dans l'accompagnement de sa mise en œuvre.
La FNSEA est l'organisation de tous
les paysans, et son premier président Eugène Forget l'avait placée sous le
double signe de l'unité et de la tolérance.
Je suis là pour veiller à son
indépendance. La FNSEA ne regarde ni à droite, ni à gauche, elle regarde devant.
Les agriculteurs ont besoin d'une
organisation structurée et responsable, qui sait recourir à l'action syndicale
quand le rapport de force est défavorable, mais qui sait aussi s'engager dans
l'économie pour la réguler et l'humaniser : telle est notre conception du
syndicalisme. Et c'est le sens profond du rapport d'orientation que notre
secrétaire général, Dominique Chardon, a présenté à ce congrès.
Nous avons affirmé notre volonté
d'être plus que jamais un syndicat moderne, indépendant, ouvert aux attentes de
la société. Un syndicat réformiste, qui négocie et qui s'engage.
Ces valeurs, nous les partageons
avec d'autres organisations syndicales, comme nous avons pu le vérifier hier, à
cette tribune, où nous avons reçu les responsables de la CFDT, de la CFTC, de la
CFE-CGC et de la CGPME.
Avec eux, nous sommes convaincus
que le syndicalisme est un des maillons essentiels de la démocratie.
Il représente les acteurs de
l'économie, de même que les politiques représentent les citoyens.
Alors, vous comprendrez notre
désarroi et notre colère, quand la Commission de Bruxelles nous inflige cette
amende extravagante !
Une amende qui non seulement veut
nous casser les reins financièrement mais qui surtout veut nous interdire de
jouer notre rôle de régulation du marché.
On parle beaucoup de Microsoft en
ce moment, et de l'amende de 497 millions d'euros infligée par la Commission
européenne. Et tout le monde de faire les yeux ronds devant un montant jugé
phénoménal. Mais ce n'est rien à côté de l'amende dont nous venons
d'écoper !
L'amende infligée à Bill Gates
correspond à 1% de sa trésorerie disponible. Ça ne va pas l'empêcher de dormir.
Alors que nos 12 millions d'amende
représentent 300% de la trésorerie de la FNSEA. Sans
commentaire !
Mais il y a plus grave. Au-delà de
son montant extravagant, cette amende soulève une question de principe :
celle du rôle des corps intermédiaires dans une démocratie moderne.
L'accord du 21 octobre 2001 ne
constitue pas une entente : c'est une action syndicale qui a débouché sur
une mesure de régulation afin d'éviter un désastre économique dans toute la
filière bovine.
Et c'est bien ça que refuse la
Commission.
Le syndicalisme, elle veut bien le
tolérer si c'est pour faire du lobbying dans les couloirs de la Commission, ou à
la rigueur pour organiser des rassemblements paisibles devant les grilles des
préfectures.
Mais pas pour essayer de réguler
les forces du marché en s'investissant dans l'économie.
Cette sanction est gravissime. Elle
illustre la dérive ultra-libérale d'une Commission pour qui rien ne doit venir
perturber la libre circulation des marchandises.
Nous nous battrons jusqu'au bout
contre cette sanction.
Et j'espère que nous aurons votre
soutien !
Les agriculteurs ont été aux
avant-postes de la construction européenne.
Mais je le dis à nos politiques, de
Paris comme de Bruxelles et de Strasbourg : prenons garde.
Prenons garde que les paysans ne se
détournent d'une Europe qui serait celle des marchandises, en oubliant, d'être,
avant tout, celle des hommes.
[Conclusion]
Monsieur le Ministre, votre bail
vient d'être renouvelé au ministère de l'Agriculture.
Avec votre secrétaire d'État, M.
Forissier, l'occasion d'un nouvel élan vous est donnée.
Nous avons fait l'état des lieux.
Il vous reste à engager les travaux
nécessaires pour que la moisson soit à la hauteur de nos espérances.
Nous avons besoin d'une politique
agricole digne de ce nom.
Une politique qui fixe le cap, et
qui donne les moyens d'y arriver.
Si vous partagez cette ambition,
vous trouverez dans la FNSEA, un interlocuteur exigeant et responsable.
Pour nous, la voie est
tracée : nous nous battrons de toutes nos forces pour qu'il y ait encore et
toujours des PAYSANS DEMAIN !