- Que préconisent
les agriculteurs herbagers à l'issue de cette journée du 17 juin, dans le cadre
du bilan de santé de la PAC ?
Jacques
Chazalet : Il faut réhabiliter la production de l'herbe dans un schéma
économique, nous demandons un soutien économique à l'herbe, nous devons la
sortir du second pilier, c'est-à-dire la sortir des mesures
agro-environnementales (MAE) qui s'ajoutent constamment comme des contraintes
supplémentaires.
Deuxièmement, et
pour permettre ce soutien économique, il faut utiliser tous les outils proposés
dans le bilan de santé. Nous avons en particulier discuté de la revalorisation
nécessaire de l'ICHN (indemnité compensatoire de handicap naturel, ndlr). La
promesse d'Hervé Gaymard (ancien ministre de l'Agriculture, ndlr) de revaloriser
de 50 % les 25 premiers hectares ICHN, n'a toujours pas été honorée.
En outre, il faut
soutenir l'élevage allaitant, notamment ovin, afin que ce dernier ait à l'UGB la
même compensation que l'UGB bovin allaitant. Nous défendons l'aide de 30 euros
par brebis, une revendication portée par la Fédération nationale ovine
(FNO).
Nous attendons enfin
la conférence sur le revenu prévue à l'automne au ministère de l'Agriculture,
pour apporter des réponses durables à ces problèmes structurels. Ils nourrissent
un débat récurrent chez les éleveurs du Massif Central, retraduit plus
globalement dans le Livre blanc du Massif Central (présenté par les éleveurs
lors du dernier Sommet de l'élevage de Clermont-Ferrand, ndlr). Ce Livre prône
une refonte de la PAC autour de la gestion des marchés et de la flexibilité
financière, de la gestion des risques, d'une meilleure prise en compte de
l'herbe, de l'élevage allaitant et du handicap naturel, et enfin autour de
l'innovation.
- Face à la hausse
du coût de l'énergie, les récentes annonces de Michel Barnier vous
semblent-elles suffisantes ?
J.
C. :
Là encore, nous attendons le rendez-vous de la conférence sur le revenu afin de
faire un véritable bilan de la hausse des charges et des coûts de production, et
de ses conséquences sur le revenu des producteurs. Cette conférence devrait se
tenir avant le Sommet de l'élevage, début octobre.
- Où en est votre
dialogue avec les céréaliers concernant la solidarité inter-filières face à la
hausse du coût de l'alimentation animale ?
J.
C. :
Il ne s'agit pas de rééquilibrer les aides par rapport à la répartition de ces
dernières mais par rapport aux fonctions de production de l'agriculture. Tous
les systèmes de production ont besoin de lisibilité. Je comprends les céréaliers
qui ne veulent pas de modification de la situation actuelle tant qu'ils n'ont
pas connaissance du nouveau système attendu dans le cadre du bilan de santé.
Nous ne défendons pas l'approche d'un montant premier pilier à répartir
égalitairement, ce qui est la vision de la Commission européenne. L'égalité
n'est pas l'équité. Nous souhaitons, la FRSEA Massif Central, la FNSEA, des
dispositifs qui permettent à toutes les exploitations agricoles d'avoir un
système de gestion des marchés et de sécurisation du revenu. En fait, bénéficier
d'aides quand le prix diminue, et on réduit les soutiens quand le prix
augmente.
La question est
aussi de savoir comment on peut, en France, mettre en place un tel système qui
soit à la fois euro-compatible et permette de la flexibilité afin de sécuriser
le revenu des éleveurs. Car un tel système est contre la logique du découplage
prônée par la Commission. Il signifie plutôt qu'on re-couple, il signifie qu'il
faut faire du stockage public pour casser la spéculation, donc réhabiliter
l'intervention.
Interview réalisée par
Actuagri