On ne pourra jamais produire sans eau
L'amélioration du comportement des plantes à la
sécheresse est de plus en plus nécessaire et de nombreuses équipes scientifiques
travaillent sur ce sujet dans le Monde.
Cependant il est certain que les plantes ne
pourront jamais produire de la matière sèche sans eau. C'est ce qu'a expliqué
François Tardieu, chercheur à l'INRA devant la commission technique du maïs de
ARVALIS - Institut du végétal le 6 novembre dernier. François Tardieu est un
spécialiste de la physiologie végétale et l'un des co-auteurs du récent rapport
d'expertise collective scientifique " Sécheresse et agriculture ".
Cette nécessité de l'eau est expliquée par deux
échanges: l'échange " eau contre carbone " et l'échange " eau contre chaleur
".
L'échange " Eau contre carbone "
La principale réaction de la plante soumise à un
manque d'eau est de réduire de manière active sa transpiration. A l'apparition
du déficit hydrique, la plante va fermer ses stomates et réduire la vitesse de
croissance de ses feuilles.
Or le gaz carbonique nécessaire à la
photosynthèse passe aussi par les stomates, comme l'eau (le CO2 entre dans la
feuille, l'eau en sort). La fermeture de ces stomates réduit donc à la fois la
transpiration, la photosynthèse et la production de biomasse. L'échange " eau
contre carbone " constitue donc la principale limitation de la tolérance à la
sécheresse. On ne pourra jamais obtenir des plantes qui maintiennent leur
productivité sans un niveau élevé de transpiration. C'est ainsi que la
production d'un kilogramme de matière sèche mobilise plusieurs centaines de
litre d'eau (voir tableau au verso).
Les
espèces disposant d'un métabolisme
dit C4
(maïs, sorgho, canne à sucre) utilisent plus efficacement l'eau que les autres
espèces dites C3 (voir au verso). Cette différence va être en jeu dans
l'équilibre des cultures et des productions dans le siècle qui vient.
L'échange " Eau contre chaleur "
La transpiration, c'est-à-dire le passage de
l'eau liquide à l'état de vapeur à la surface des feuilles absorbe une partie
importante de l'énergie solaire incidente reçue par la plante. La réduction de
la transpiration des plantes résultant de la fermeture des stomates provoque un
échauffement des feuilles, souvent de plusieurs degrés, qui peut léser les
tissus. Les plantes subissent souvent un stress thermique associé à un déficit
hydrique parce que les périodes sèches sont souvent chaudes et parce qu'elles
réduisent leur transpiration. L'échange " eau contre chaleur " est une seconde
limitation de la tolérance à sécheresse.
Les protections contre le stress hydrique se
payent en productivité. Les objectifs d'amélioration génétique visent donc une
optimisation entre des processus partiellement contradictoires: réduire la
transpiration, limiter la surface foliaire pour éviter le dessèchement des
plantes et conserver une activité photosynthétique suffisante pour assurer un
rendement correct.
La tolérance du maïs à la sécheresse a été bien améliorée par la
sélection
Les voies de progrès génétique portant sur
l'amélioration des capacités de survie des plantes au stress ne concernent pas
les plantes de grandes cultures sous nos climats. En revanche l'amélioration de
la production des plantes en déficit hydrique, et celle de leur aptitude à
reprendre leur croissance et leur développement si le stress disparaît sont
pertinentes. En effet, il est intéressant que la croissance et le nombre des
jeunes organes reproducteurs (fleurs puis graines), ne soit pas trop limités par
le déficit hydrique, afin que le rendement soit le moins affecté possible,
surtout si la sécheresse disparaît ensuite. C'est le scénario qui s'est produit
cet été sur les cultures de maïs. Les essais conduits par ARVALIS visent tous à
partir du matériel génétique le plus récent à mettre en place des stratégies
culturales qui dégagent une marge et un revenu stable avec la culture du maïs
dans des contraintes hydriques variées.
Entre 1934 et 2001, la sélection a amélioré le
rendement du maïs grain en France en culture pluviale, donc en l'absence
d'irrigation, de 53 kg/ha/an. La sélection fournit maintenant des variétés de
moins en moins sensibles au manque d'eau (et ce même pendant la période critique
de la floraison) et il est nécessaire de bien évaluer ce progrès
génétique
Grâce aux avancées des biotechnologies, des
formes de gènes intéressants sont recherchées chez les plantes sauvages pour
être transférées dans nos variétés. A ce jour aucune variété de maïs tolérante à
la sécheresse obtenue de cette façon n'a encore été commercialisée bien que
beaucoup (trop?) d'espoirs aient été placés dans cette voie. Pour François
Tardieu, le transfert de gènes isolés ne produira pas de " miracle " et une
tolérance à la sécheresse en général paraît inaccessible. En revanche une
tolérance à des scénarios de sécheresse est possible et recherchée.
Besoins totaux en eau de quelques plantes (pluies plus
irrigation) en litres par kilo de matière sèche
|
Culture |
Litres
d'eau |
|
Maïs fourrage* |
238 |
|
Banane |
346 |
|
Maïs grain* |
454 |
|
Orge* |
524 |
|
Pomme de terre* |
590 |
|
Blé* |
590 |
|
Soja |
900 |
|
Riz pluvial |
1600 |
|
Riz inondé |
5000 |
*en zones tempérées/Source:
CNRS |