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  22/3/2006
  Congrès 2006 : Réhabilitons le bons sens paysan, la réalité du vivant !

Rapport moral des Secrétaires généraux

60ème Congrès de la FNSEA
Metz, mercredi 22 mars 2006

Seul le discours prononcé fait foi

RAPPORT MORAL
DES SECRETAIRES GENERAUX DE LA FNSEA

 

Nouvelle équipe, nouvelle méthode. Il nous est apparu important de commencer nos travaux après ce rapport d'activités par un rapport moral. En ce début de congrès, prendre le temps entre nous de se dire ou se redire, se vérifier : où on en est, où on va, qu'est-ce qu'on défend et comment on le défend ?

Notre action s'inscrit dans un environnement en pleine mutation : mutations économiques, mutations politiques, mutations sociétales.

Dans cet environnement mouvant, un fil rouge : nos valeurs qui guident notre action, la défense des paysans et de l'agriculture. Avec en premier lieu le revenu des paysans et la place de notre métier dans la société.

Notre organisation, nos organisations doivent être en perpétuelle adaptation, en veille permanente, prêtes à réagir, à rebondir, à anticiper. 3 fois 20 ans quelle belle occasion de donner un nouveau souffle, donnons de la lisibilité à nos positions, donnons de la lisibilité à notre action : des perspectives pour les agriculteurs.

A la relecture de 2005 on mesure la diversité des situations et la complexité de notre tâche ; et on pourrait trouver dans ce rapport autant d'espoir que de difficultés et de chantier à mener. Le revenu agricole en baisse de 19 % n'encourage pas les paysans à l'optimisme ni les jeunes à l'installation. Les secteurs en crise (comme les fruits, la viticulture, l'aviculture et d'autres...) entament notre moral, affaiblissent les efforts individuels et collectifs.  Nous sommes confrontés à des crises structurelles qui appellent de nouvelles réponses : lorsque les politiques publiques ne suffisent plus, les agriculteurs doivent réagir collectivement. Des initiatives (à tous les niveaux) redonnent espoir :

- le secteur de la pomme de terre comme exemple de segmentation du marché, même si le regroupement de l'offre s'avère difficile,

- le rachat de Bégin Say par les producteurs de betteraves,

- L'interprofession laitière qui continue à gérer le devenir de la filière dans un contexte difficile...

2005 a bien mis en évidence les 2 tendances, les 2 visions de l'agriculture qui s'affrontent au niveau européen. La première qui consiste à laisser le marché régler le sujet agricole (A quoi bon produire ici ce qu'on pourrait acheter moins cher aux 4 coins de la planète par exemple). La 2ème vision, qui est la nôtre, consiste à promouvoir une agriculture basée sur la préférence européenne, l'organisation des marchés, et l'équilibre des territoires. Le débat entre les deux visions se cristallise autour de la question budgétaire : le financement de la PAC et l'élargissement européen. Cet élargissement d'une Europe à 25, demain à 27, c'est aussi l'accroissement d'un marché solvable.

Stratégiquement l'agriculture et les produits agricoles ne peuvent pas rester le premier objet de négociations à l'OMC. Les propositions actuelles menacent notre modèle agricole, notre capacité de production, au moment où la population mondiale croît pour atteindre bientôt 9 milliards d'habitants. M. Mandelson doit entendre : que restera-t-il bientôt de l'acte de production en Europe, quel doux rêve que de croire ne vendre que des services, que du savoir-faire, de la matière grise. L'économie de la connaissance n'assurera pas l'autosuffisance alimentaire européenne. La Chine en achetant des Airbus s'est bien réservé le montage des avions pour développer sa capacité de production, son emploi, ses savoir-faire.

En 2005, l'actualité a amené l'agriculture au cœur de débats de société sur des questions fondamentales :

- L'accès à la ressource en eau,

- La biodiversité.

Les attentes sociétales influencent plus fortement les orientations politiques et nous invitent à réaffirmer nos valeurs et nos positions :

- Aujourd'hui c'est la journée mondiale de l'eau, la loi sur l'eau va revenir sur le métier dans les semaines à venir. Au-delà de notre rejet de toute nouvelle taxe, cette loi doit accompagner le développement de nouvelles réserves ; les mêmes qui nous attaquent sur l'utilisation sont muets quand ils sont sur les pistes avec les canons à neige ou sur les green des golfs ;

- Sur le dossier des prédateurs, nous réaffirmons que l'activité pastorale est aussi garante d'une biodiversité, de paysages ouverts, d'une économie locale ;

Vous le savez, ces attentes sociétales ou consuméristes modifient notre métier. Nourrir les hommes est notre cœur de métier bien sûr.

Cependant, depuis plusieurs années, notre métier s'enrichit par le développement de nouvelles activités : la vente directe, l'accueil à la ferme, la diversification, le non alimentaire...

Je viens d'évoquer l'enrichissement de notre métier par le développement de nouvelles activités. Permettez moi un clin d'œil sur nos nouvelles activités : la gestion administrative de notre métier. Si elle peut contribuer à la performance de notre entreprise, à tracer nos pratiques, à rassurer le consommateur, elle est et nous le savons, la contrepartie des soutiens publics à l'agriculture.

Mais cette gestion est trop lourde, excessive, inquisitoire.

Celle si contrôlée par des agents de l'état, experts sur les ares voire sur les centiares, experts sur les cours d'eau, experts sur les boucles animales mais incapables de comptabiliser les tonnes de fruits en provenance des pays tiers !

Cette gestion administrative doit être simplifiée !

L'information, la surinformation ne rassure pas, elle accentue les peurs. Cette peur caractéristique de notre société confinée dans la ouate, cette peur de regarder la réalité, cette peur de regarder la vie, cette peur d'imaginer l'avenir.

Or l'agriculture est par nature visible et exposée. donc tout un chacun a un avis à donner. Les aviculteurs et la filière avicole sont en péril parce que l'industrie de la médiatisation et non de la communication a pris les devants. La communication doit retrouver sa place : montrer les réalités du vivant plutôt que la réalité de l'instant. Plutôt que la ferme réalité, la réalité de la ferme. Réhabilitons le bons sens paysan, la réalité du vivant.

Auprès des consommateurs notre professionnalisme sera la meilleure réponse: traçabilité, transparence, et communication doivent faire partie des process de fabrication de nos produits, mais également du prix. Mais, ces exigences doivent s'appliquer aux produits d'importations, aussi.

Mais tout ça nous ne le ferons pas seuls. Les structures qui nous entourent doivent nous y accompagner. Et pas en voyant l'agriculteur comme un client, pas en voyant les nouvelles règlementations comme des opportunités de nouveaux services marchands mais en raisonnant en tant que partenaires organisés autour d'un projet. Comme nous refusons l'intégration économique nous refusons l'intégration administrative pour les paysans à qui il ne resterait que le chèque à signer et la responsabilité à endosser.

Développons donc les complémentarités entre organisations, au sein des départements, entre départements, au sein des régions... Un constat ! : Ça marche bien dans certains départements ou dans certaines filières, c'est plus dur à Paris même si il y a des évolutions ! (il paraît que c'est plus facile de développer les bons exemples que d'initier depuis la capitale...)

L'enquête FESIA réalisée en 2005 nous révèle que l'agriculteur conteste le trop de services, et par contre en consomme de plus en plus, demande plus de sécurité, de lisibilité, de complémentarité de nos organisations. Il attend de la FNSEA qu'elle oriente, qu'elle prenne l'initiative d'organiser, d'éviter la double administration...

Alors, comment fait-on ? Dans un contexte mouvant, nos valeurs donnent le cap... Je voudrai en égrainer et illustrer 4 avec vous :

- La responsabilité,

- L'équité,

- La solidarité,

- L'unité.

Après la résistance syndicale, après le choix politique de Luxembourg,  parce que nous voulons des agriculteurs acteurs et responsables, nous facilitons la transmission de l'info de la réglementation, même quand ça ne plait pas. Dans cet état d'esprit, nous avons aussi développé le diagnostic accompagné... Nous n'avons pas le droit de risquer d'envoyer nos adhérents contre le mur !

L'avenir des productions, nôtre avenir, nous en sommes responsables et gestionnaires :

- Etre responsable, c'est parler de gestion de marché plutôt que de gestion de crise, c'est choisir la sécu plutôt que le samu.

- La loi d'orientation crée de nouveaux outils en faveur de l'entreprise agricole mais remet en cause la politique des structures. Etre responsable, c'est utiliser pleinement les outils qui restent à notre disposition à l'échelon départemental, c'est  réaffirmer les priorités de notre politique des structures...

- Sur le dossier OGM nous avons été choqués par les entraves à la recherche. La FNSEA pose la question de l'accès à la semence et celui du financement de la recherche.

- Tout à l'heure nous allons débattre autour des bio-produits : quelle place pour les agriculteurs, quelle valorisation ? autour de quelle organisation ? L'opportunité de gérer cette filière nous est ouverte.

Notre rôle n'est pas d'ignorer les réalités économiques, les réalités du marché mais de faire en sorte qu'elles laissent les agriculteurs acteurs et qu'on puisse intervenir sur l'amplitude du balancier.

L'équité c'est prôner la gratuité des DPU quand l'UE les voit marchands. C'est oser avoir un avis quant à la mise en place d'une réserve et la définition de priorités en cohérence avec notre politique de renouvellement des générations ; et hier soir j'ai bien entendu les différentes demandes de prélèvements, de réserves, des oubliés : une équation difficile. Mais la 1ère responsabilité elle est rue de Varennes. Nous devons obtenir la mise en place de DPU temporaires. La FNSEA a beaucoup œuvré pour la signature des clauses par les agriculteurs.

La solidarité : on va en avoir besoin de solidarité et de mémoire. Un premier pilier bloqué en octobre 2002 qui garantit le niveau des DPU. Un 2ème pilier variable d'ajustement à la baisse, ouvert au rural. Nous sommes les seuls à l'appeler 2ème pilier son vrai nom : plan de développement rural. Ce sera très dur de maintenir la part agricole du 2ème pilier.  Mais affirmons nos les priorités : un budget d'abord, le plan bâtiment, la politique d'installation, l'ICHN, les MAE (herbe et rotationnelle)....

La solidarité c'est dur pendant les crises entre bassins de production : c'est tentant de penser que l'autre bassin va distiller, va maîtriser, va être moins performant (lait, viticulture...).

La solidarité c'est aussi la solidarité des paysans au jour le jour.

L'unité : un mythe disent certains, un mythe qui dure depuis 1946. Unité autour d'un objectif, garder des paysans debout, partout et tout le temps. Le premier congrès du COPA en octobre dernier à Strasbourg se tenait sous la bannière Agriculteurs Européens. Quelle diversité d'origine ! de niveau de développement ! mais à Hong Kong, deux mois plus tard, quelle unité d'action pour augmenter notre pouvoir de négociation !

Au-delà du constat et du fond, notre action va se coordonner autour de cinq axes :

- la formation,

- l'écoute et l'action de proximité,

- l'information et la communication

- la réflexion et l'innovation,

- l'adaptation de nos structures

Formation continue, formation des responsables, formation des groupes : quoi de plus convainquant que le témoignage de ceux qui réalisent un cycle de formation ? Quelques mots néanmoins...

La formation continue est essentielle dans un métier quel qu'il soit, elle est nécessaire à son adaptation permanente, à la construction de ses projets de développement. Les choix pédagogiques participent à son efficacité, la formation/action responsabilise le stagiaire et crée une solidarité de groupe dans la recherche de solutions.

En 2005–2006, VIVEA accompagne les formations à la conditionnalité... Dans un contexte d'insuffisance budgétaire, des arbitrages ont eu lieu au sein des comités VIVEA régionaux. Sachons garder nos majorités !

Un challenge de notre organisation dans les années à venir sera d'assurer le renouvellement des responsables. Au sein de lieux de formation ouvert (l'IFOCAP, les écoles de responsables...) la formation de responsables participe à cet ambition, la formation comme outil de transmission d'une culture syndicale, comme outil de prospectives, comme outil de construction de projet.

La relation des jeunes et de la famille au métier d'agriculteur change : on assiste à la séparation de la vie privée et professionnelle qui impacte sur l'organisation du travail sur les exploitations et sur l'engagement collectif.

Se former n'est pas une évidence. L'appel à proposition de formations de responsables lancés par VIVEA en 2005, nous donne à repenser les conditions d'accès à la formation.

A propos de l'écoute et de l'action de proximité, j'ai envie de vous dire OSEZ, OSEZ la proximité, OSEZ l'adhésion, faisons le pas : les paysans nous attendent, nous. Nos adhérents actuels et futurs savent bien à qui il faut s'adresser quand il y a un problème concret à régler. (Ariège, Mayotte – Ali Ambodi) Oh !! La tentation est forte pour certains d'entre eux d'adhérer au coup de gueule médiatique de nos opposants en plein milieu de la crise, : s'offusquer de tuer une vache ou des volailles en crise ESB ou grippe aviaire est plus médiatique que d'expliquer la nécessité de protéger, prévenir... Mais le lendemain matin qui pousse les dossiers, qui prépare les priorités ? Le responsable local, départemental, national de la FNSEA... et le surlendemain on criera à nouveau au scandale de la répartition... Mais les enquêtes FESIA ou différentes enquêtes de satisfaction menées dans le réseau nous rassure quand à la lucidité des paysans... Lucidité qui peut être mise à mal au dernier moment et peut être même 15 jours avant les élections chambre en janvier 2007 ; quand la médiatisation reprendrait le pas sur la communication.

Si les paysans sont lucides, c'est parce que nous prenons le temps et les moyens de les informer. Non seulement sur les acquis que nous pouvons obtenir, mais aussi sur nos revendications, sur ce qui fait notre actualité syndicale. Un syndicalisme responsable, c'est aussi expliquer à nos mandants comment nous arrivons à telle ou telle situation, c'est faire preuve de pédagogie et non de démagogie.

Pour toucher chaque agriculteur, il faut une presse agricole départementale performante.  La naissance des Editions de la Baume montre bien tout l'intérêt que nous portons à cette PAD ! Mais au-delà d'une communication vers notre public, nous avons le souci de valoriser notre passion, nos savoir-faire, de communiquer positivement. Partager avec nos concitoyens les sensations portées par nos produits : tendre, doré, sucré, fruité...

Construisons de nouvelles passerelles entre agriculture et société : le monde paysan a des produits à vendre mais aussi des valeurs à réveiller, à transmettre, cette transmission permet la compréhension mutuelle donc le respect.

A l'écoute et innovant. Différencier le service à l'adhérent doit être une de nos préoccupations. Celui qui paye sa cotisation doit pouvoir bénéficier d'un plus pour sa fidélité. La carte moisson est dans ce sens une excellente initiative à développer.

Retrouvons aussi l'esprit de groupe pour les actions les plus simples : le groupe restera toujours meilleur que le meilleur du groupe. L'organisation des filières, le regroupement de l'offre restent des méthodes sûres, exigeantes en travail mais favorisant la reconnaissance et la place du producteur. Et à ceux qui voudraient nous faire croire que les interprofessions seraient plus efficaces si elles représentaient l'ensemble des syndicats nous répondons que les arbitrages doivent avoir lieu avant et qu'en face des acteurs de l'aval les producteurs doivent se présenter unis.

L'innovation en matière d'emploi un véritable chantier, externalisons une partie de notre travail. Les tâches répétitives administratives peuvent être déléguées pour créer de l'emploi local en milieu rural et permettre de dégager du temps pour l'exploitant pour réfléchir à l'avenir de son entreprise, à garder du temps pour sa vie privée et familiale pour son engagement professionnel... Un emploi par commune, un challenge à relever (35 heures).

Adaptations de notre organisation. L'élargissement des métiers de l'agriculture, la diversité des situations, des productions n'ont pas fini de rendre difficile les arbitrages et notre unité. Et pourtant, et encore plus après ce rapport d'orientation notre représentativité que nous mesurerons en 2007 est liée à notre capacité à répondre aux attentes des pluriactifs, des hors cadre familiaux, aux métiers du cheval comme de l'élevage des NAC, à ceux qui vendent en circuits courts comme à ceux qui sont en circuits longs. Au dernier scrutin MSA le taux de participation nous a rappelé l'attachement des agriculteurs à leur système particulier, nous devrons recommencer en janvier 2007. Les agriculteurs attendent une adaptation de leurs organisations :

- Développons les collaborations entre les services,

- Evitons les doublons,

- Arbitrons les missions respectives de chacun.

Enfin notre action doit être lisible. Soyons clairs sur les grandes orientations, sur la place et le rôle des agriculteurs et de l'agriculture.

L'agriculture doit rester, ou redevenir, une politique prioritaire, FORTE à l'échelle Européenne et nationale mais également mondiale parce que la production de biens alimentaires n'est ni suffisante aujourd'hui, ni acquise de fait.

L'agriculture doit s'adapter aux évolutions techniques sans rompre l'équilibre Hommes, Produits, Territoires.

Les agriculteurs doivent avoir les moyens d'assurer les risques liés aux aléas climatiques, de marché, aux nouvelles exigences des consommateurs.

Alors je propose deux pistes :

- d'abord 2013 rien que 2013

- d'ici à 2013 doit-on s'interdire de réfléchir à un autre schéma pour la PAC qui permette la continuité de l'agriculture et envisage la simplification du système d'accompagnement. Tout est à construire...

L'agriculture peut et doit participer au développement durable au sens social, économique et environnemental.

Mais tout cela pourra être possible que si la FNSEA n'est pas exécutée le 17 mai. Parce que nous ne renions pas notre action syndicale de l'époque pour les éleveurs, au contraire ; parce que nous le referions aujourd'hui si c'est nécessaire ; nous irons, s'il le faut payer, en nature notre amende tous ensemble lorsque le moment sera venu !


 



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