Vous étiez à
Mônetier-les-Bains dans les Hautes Alpes, le 28 octobre, pour
soutenir les éleveurs confrontés à la prédation du loup. Quel est
le sens de cette visite ?
Xavier Beulin : Le conseil d'administration
de la FNSEA a mis en place une commission « Faune
sauvage » pour traiter de la question de la prédation en
agriculture, laquelle est devenue une préoccupation majeure. Le
loup est un des sujets importants et emblématiques de cette
problématique. Il conquiert d'année en année de nouveaux
territoires. Il est présent en grand nombre sur le massif alpin et
colonise désormais le massif du Jura et des Vosges. Cette évolution
incontrôlée du loup justifiait la tenue de la réunion de
Mônetier-les- Bains qui a rassemblé les responsables de nos FDSEA
de Provence-Alpes-Côte d'Azur, de Rhône-Alpes, du Doubs ainsi que
des représentants de Jeunes Agriculteurs, de la FNO et des
fédérations départementales ovines. Plusieurs élus s'étaient
également joints à nous pour témoigner leur soutien et leur appui.
Chacun comprend que l'on ne peut pas d'un côté agir à Paris, à
Bruxelles pour organiser la production afin d'obtenir des prix
rémunérateurs, bâtir des politiques de qualité, défendre une
politique de la montagne..., et de l'autre laisser les troupeaux
être détruits par les prédateurs. Aujourd'hui, les éleveurs et leur
famille n'en peuvent plus de voir leur travail saccagé et leur
revenu amputé malgré les efforts conséquents qu'ils réalisent pour
protéger leur troupeau. Les bergers sont découragés. Le moral
de tous est atteint.
Le loup est présenté comme un
facteur supplémentaire de biodiversité sur les territoires. Qu'en
pensez-vous ?
XB : La présence du loup dans les zones
pastorales modifie la conduite des troupeaux qui doivent être
parqués tous les soirs. Cela conduit d'ailleurs à des piétinements
qui nuisent à la flore. Dans le même temps, les éleveurs sont
obligés d'abandonner certains secteurs conquis par le loup. Ceux-ci
s'embroussaillent et se reboisent avec des essences banales. Sur le
plan faunistique, la présence du loup induit une diminution
importante des chamois, des mouflons et isards. Contrairement à ce
qu'affirment certains chantres de l'écologie, le loup est
réellement, par incidence, destructeur de biodiversité. A
l'inverse, plusieurs scientifiques du Cemagref ont montré que le
pastoralisme contribue à la diversité des espèces végétales et au
maintien de la biodiversité des montagnes y compris en
altitude. Mais ce pastoralisme, source de biodiversité remarquable,
est complètement incompatible avec la présence du loup. Le
ministère de l'Ecologie doit prendre acte de ces faits et revoir sa
copie sur le dossier du loup.
Justement, quelles sont vos
attentes et vos demandes vis-à-vis des pouvoirs
publics ?
XB : Le loup n'est plus officiellement une
espèce menacée d'extinction depuis l'arrêté du ministère de
l'Ecologie du 27 mai 2009. De plus, l'été dernier Nathalie
Kosciusko-Morizet a reconnu, dans un communiqué de presse, que les
attaques de brebis par des loups avaient augmenté de 25% entre 2010
et 2011. Le temps de l'action est venu et de bonnes résolutions
doivent être prises. La FNSEA demande la mise en place d'une
véritable régulation de la population de loups. Il faut sortir du
système des quotas actuels pour assurer en permanence la défense
des troupeaux. A cet égard, nous demandons la reprise immédiate des
tirs de défense suspendus depuis un mois. La ministre de l'Ecologie
a pris des engagements au cours de l'été
pour « permettre à l'ensemble des éleveurs situés
dans une zone reconnue à risque de défendre leur troupeau dès les
premières attaques sans autre procédure administrative ».
Nous attendons maintenant des actes concrets. Nous demandons aussi,
conformément à la loi de modernisation de 2010, que l'Etat assume
ses responsabilités et se donne les moyens d'effectuer les
prélèvements de loups en surnombre pour « assurer la
pérennité des exploitations et le maintien du pastoralisme en
particulier en protégeant les troupeaux des attaques du loup dans
les territoires exposés à ce risque ». La FNSEA s'inscrit
dans une recherche intelligente qui allie économie agricole et
demandes environnementales. Le pastoralisme illustre
parfaitement cette complémentarité. Les pouvoirs publics doivent
tout entreprendre pour qu'il continue à en être ainsi sur tous les
territoires. Cela passe, avant tout, par un meilleur respect du
travail des éleveurs, de leur rôle économique, social et
sociétal.