Un retour en arrière est
impossible, chacun le sait. Par les combats syndicaux
menés par la FNSEA, nous avons fait prendre conscience à nos
concitoyens, à nos responsables politiques, des enjeux et des
risques de cette nouvelle donne. Dans le décor de ce début du
21ème siècle, il faut définir, avec sérieux et
détermination, les axes d'une nouvelle politique agricole, ayant
pour objectifs l'intérêt des générations futures, la défense et la
promotion d'un secteur économique - l'agriculture - essentiel pour
la vie et le territoire.
Le chemin parcouru depuis un an et
demi et les discussions de 2009 vont dans le bon sens.
Ces évolutions positives ont été
rendues possible par l'action des deux syndicats FNSEA et DBV qui
ont arrêté des positions communes et ont conduit leur gouvernement
à faire de même. Mais pour l'avenir, il ne faut pas oublier que le
Parlement a un rôle de co-décision à jouer. Il est maintenant
nécessaire de faire confirmer ces orientations et il sera temps
ensuite de rentrer dans les modalités de la mise en œuvre.
La profession a enregistré des
succès non négligeables avec un commissaire chargé de l'agriculture
qui fait preuve de volonté et d'ambition mais qui subit
l'encadrement de ses collègues à la Commission.
Dacian Ciolos est convaincu de la
nécessité d'une PAC ambitieuse : il semble avoir développé une
tactique remarquable face à un Président et une majorité au sein de
la Commission hostiles à l'agriculture : tout d'abord, appel à
l'opinion publique au travers de la consultation publique puis,
propositions très proches de celles du Parlement, le rapport Lyon
pour une PAC post 2013.
Ainsi, en deux ans, l'agriculture a
retrouvé des couleurs et nous pouvons espérer faire partie des
grandes stratégies de l'Union pour l'avenir. Pour cela que
faut-il ?
1. D'abord, un budget. Celui de
l'Union bien sûr et à l'intérieur, celui de la PAC. Sur ces
points, nous serons fixés en juin prochain. Il faut rester
fermement optimiste.
2. Deuxième nécessité pour
concrétiser une stratégie européenne : appliquer une politique
simple mais efficace.
Nous devons participer au défi
alimentaire mondial. Nous avons des terres fertiles, de l'eau, un
climat tempéré : il n'est pas concevable économiquement mais
surtout moralement que nous n'ayons pas de volonté
exportatrice.
Toutefois, parallèlement, nous
devons assurer une sécurité alimentaire en qualité et en quantité
pour nos 500 millions de consommateurs européens. Les produits
alimentaires qui ne respectent pas nos normes qualitatives,
sociales, environnementales doivent être pénalisés au risque de
déstructurer notre potentiel de production et affaiblir nos normes
sociales et environnementales.
En un mot, c'est sur ces bases que
doit être maintenue, en respect avec les règles internationales,
une vraie préférence communautaire.
Ensuite, l'Union Européenne a testé
la volatilité des prix au cours des 3 dernières années. Paysans,
industriels et consommateurs ont vu que personne n'y avait rien à
gagner. Nous devons mettre en œuvre des outils de régulation
interne :
- Outils de politique publique d'abord avec le maintien du
stockage public, aides au stockage privé, accompagnement et
promotion de l'export, aides au dégagement de marchés…etc.… Mais, à
la différence de ce qui a été fait sur le lait en 2009, ces outils
de régulation doivent être très réactifs et agir à titre préventif
et non exclusivement lorsque les acteurs sont en pleine crise.
- Outils privés ensuite, pour mieux connaître les tendances de
marchés, mieux se préparer à leurs évolutions, pour renforcer le
pouvoir des agriculteurs dans les filières et face à l'aval.
La FNSEA s'est battue contre le
système aveugle du découplage mais il est en place. Alors il faudra
prendre le temps dans chaque pays pour découpler avec convergence
des soutiens sur les hectares. Par contre, nous nous opposons
fortement à la convergence européenne, au « flat rate »
car ce serait oublier les disparités de pouvoir d'achat entre
paysans dans l'Union européenne.
Mais, le caractère aveugle du
soutien découplé, harmonisé à terme, est à pondérer par des
ajustements nationaux indispensables au maintien de certaines
productions. Il y a par exemple, en France, le blé dur, le pruneau,
le tabac, les tomates d'industrie… productions pour lesquelles les
marges de manœuvre d'un article 68 sont indispensables.
Les soutiens du premier pilier sont
soumis au respect des règles de conditionnalité, qu'il faut
simplifier et harmoniser. Une grande majorité des Etats-membres -
dont la France fait partie - est d'ailleurs opposée à une
accentuation des règles.
Enfin, pour compenser les
handicaps, accompagner une politique structurelle, soutenir le
renouvellement des générations, l'innovation, la recherche et aider
ceux qui le veulent à s'engager dans des « biens
publics » au-delà de l'obligatoire contenu dans la
conditionnalité, les soutiens du 2ème pilier restent
essentiels.
Conclusion, faire évoluer
ou tout refaire ?
« Tout refaire »
équivaudrait à détruire un système qui a permis mieux qu'aucun
autre le développement de l'agriculture européenne et à nier la
seule politique véritablement commune au sein de l'Union. Ce serait
une terrible et dangereuse erreur.
« Faire évoluer» est une
nécessité. La donne n'est plus la même et être aveugle face à
ces changements conduirait les agriculteurs européens droit dans le
mur alors que nous avons l'envie, le savoir-faire et les
potentiels.
Les paysans européens en général,
et français en particulier ,sont profondément porteurs d'une
politique agricole commune ambitieuse, prête à relever les défis de
ce 21ème siècle tout en assurant un revenu à une
agriculture que l'Union européenne a choisie de taille
familiale.