Les paysans français, porteurs d’une politique agricole commune ambitieuse

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L'agriculture au coeur des enjeux économiques et alimentaires

La politique agricole commune depuis 1960 a permis de développer la production, faisant de l'agriculture française ce qu'elle est aujourd'hui : 20% de la production européenne est française ! Il est important de garder à l'esprit que l'Union représente un marché de 500 millions de consommateurs.

La politique agricole commune depuis 1960 a permis de développer la production, faisant de l'agriculture française ce qu'elle est aujourd'hui : 20% de la production européenne est française ! Il est important de garder à l'esprit que l'Union représente un marché de 500 millions de consommateurs à notre porte !

Et pourtant, pendant quelques années la PAC a été malmenée, accusée et fortement menacée.

L'agriculture redevient un secteur stratégique, au niveau européen d'abord avec la communication de Dacian Ciolos le 19 novembre 2010 mettant en avant le principe d'une PAC forte. Mais aussi, le rapport 2008 de la Banque Mondiale, le G20 « agricole » sont autant de preuves de l'intérêt mondial porté à l'agriculture.

Ce sursaut est malheureusement dû aux grandes émeutes de la faim survenue en 2008. Aujourd'hui, une nouvelle flambée des prix, due aux problèmes climatiques de l'été en Europe avec une violente sécheresse,  les révolutions arabes nous révèlent que ces émeutes ne sont pas anecdotiques.

L'agriculture, reconnue comme stratégique avec une dimension économique et sociale majeure, permet de dégager un fort excédent commercial extérieur, d'assurer un rôle d'entraînement sur l'amont et l'aval avec des secteurs agricole, agro-industriel, agro-alimentaire et leurs services. Elle représente, dans son ensemble, 13 % des emplois en France.

Sa dimension territoriale s'avère également incontournable par la présence de paysans sur toutes les zones, et en particulier les plus défavorisées d'entre elles, permettant la mise en valeur et le maintien d'activités sur l'ensemble de la France.

La dimension environnementale de façonnage et d'entretien des paysages, de préservation des ressources naturelles et de la biodiversité, fait de notre agriculture et des artisans du vivant que sont les paysans, des acteurs aujourd'hui incontournables.

D'ici la fin 2013, les priorités politiques de l'Union vont être redéfinies et se traduiront dans un nouveau cadre budgétaire. La PAC devra être ambitieuse parce qu'elle est stratégique, mais également parce qu'elle fait face à de nombreux défis.

Il y a d'abord la mission d'assurer la sécurité et l'indépendance alimentaire des consommateurs européens et de participer à l'approvisionnement alimentaire d'une population mondiale qui atteindra 9 milliards d'êtres humains en 2050.

Les agriculteurs se voient aussi confrontés au formidable enjeu de l'essor des alternatives aux énergies d'origine fossile et à une croissance durable de l'économie par le développement notamment des biomatériaux et de la chimie verte.

Dans ces projets d'envergure, les paysans devront être compétitifs. La potentialité à relever ces défis est évidente. L'Union européenne et tout particulièrement la France, possède de grands atouts avec des savoir-faire, des compétences, des territoires agricoles, des climats propices, des hommes et des femmes passionnés.

Au cours des cinquante dernières années, l'agriculture s'est profondément transformée, avec des évolutions techniques et structurelles de grande ampleur. De la « révolution silencieuse » à « l'agriculture écologiquement responsable et économiquement productive », en passant par le « pétrole vert », que d'évolutions et de chemin parcouru !

Les paysans, passés du statut de cultivateur à celui de chef d'entreprise ont su exprimer leur solidarité. Ils ont mis en place des systèmes d'organisation et de mutualisation pour, ensemble,  affronter le marché, faire face aux crises, accompagner le progrès technique, développer la recherche et l'innovation, saisir de nouveaux débouchés en gardant pour objectif de nourrir plus et mieux.

Des agriculteurs en prise directe avec la très forte volatilité des marchés

Les atouts du secteur agricole sont en grande partie menacés par une PAC qui a abandonné ses instruments de gestion des marchés, d'intervention publique, avec la mise en place du découplage total conduisant à ce que les soutiens directs prennent une part importante dans le revenu.

Ils sont aussi fragilisés par les élargissements successifs qui ont fait disparaître l'exploitation-type.  Le modèle européen est maintenant caractérisé par la grande hétérogénéité des situations, transformant la notion de prix d'intervention en filet de sécurité  supprimant toute référence au revenu des agriculteurs alors que ces derniers sont désormais en prise directe avec le marché et sa très forte volatilité.

La PAC doit permettre de conserver les acquis originaux de l'agriculture française. Sans quoi, le paysan restera un producteur esseulé sur sa ferme, soumis à toutes les volontés de son amont et de son aval ; à ce jeu, les meilleurs s'en sortiront peut-être - mais seront-ils encore des agriculteurs ? - et qu'en sera-t-il des nombreux biens publics générés par l'activité agricole et aujourd'hui non rémunérés à leur juste valeur. La collectivité verra alors la réalité du coût de la multifonctionnalité, du maintien et de la préservation de nombreux territoires qui seraient alors désertés et abandonnés.

Aujourd'hui, la France compte environ 500 000 exploitations agricoles sur lesquelles travaillent 1,8 millions de personnes. Il continuera à y avoir des évolutions structurelles, des restructurations : il faut, plus que jamais, veiller à mieux les maîtriser car le risque est réel d'une désertification et d'une perte de substance humaine et économique dans de nombreuses zones de notre territoire.

Les atouts du secteur agricole sont en grande partie menacés par une PAC qui a abandonné ses instruments de gestion des marchés, d'intervention publique, avec la mise en place du découplage total conduisant à ce que les soutiens directs prennent une part importante dans le revenu.

Ils sont aussi fragilisés par les élargissements successifs qui ont fait disparaître l'exploitation-type.  Le modèle européen est maintenant caractérisé par la grande hétérogénéité des situations, transformant la notion de prix d'intervention en filet de sécurité  supprimant toute référence au revenu des agriculteurs alors que ces derniers sont désormais en prise directe avec le marché et sa très forte volatilité.

Fragilisés encore par un grand marché unique européen où la liberté de circulation des hommes, des marchandises et des capitaux se heurte à un refus d'harmoniser les politiques sociale, fiscale, monétaire… entraînant d'insupportables distorsions de concurrence au sein même de l'Union. Pour être compétitifs, il faut se battre à armes égales…

Enfin, sous la contrainte des négociations internationales, l'Union européenne est de moins en moins une union douanière qui veut préserver ses systèmes économiques et sociaux. Pourtant, l'agriculture est confrontée à une hausse unilatérale des normes de production dont les paysans européens doivent supporter les coûts sans répercussion possible sur le marché.

 

 

L’agriculture, un secteur ambitieux et investi dans son avenir

Les paysans européens en général et français en particulier sont profondément porteurs d'une politique agricole commune ambitieuse, prête à relever les défis de ce 21e siècle tout en assurant un revenu à une agriculture que l'Union européenne a choisi de taille familiale.

Un retour en arrière est impossible, chacun le sait. Par  les  combats syndicaux menés par la FNSEA, nous avons fait prendre conscience à nos concitoyens, à nos responsables politiques, des enjeux et des risques de cette nouvelle donne. Dans le décor de ce début du 21ème siècle, il faut définir, avec sérieux et détermination, les axes d'une nouvelle politique agricole, ayant pour objectifs l'intérêt des générations futures, la défense et la promotion d'un secteur économique - l'agriculture - essentiel pour la vie et le territoire.

Le chemin parcouru depuis un an et demi et les discussions de 2009 vont dans le bon sens.

Ces évolutions positives ont été rendues possible par l'action des deux syndicats FNSEA et DBV qui ont arrêté des positions communes et ont conduit leur gouvernement à faire de même. Mais pour l'avenir, il ne faut pas oublier que le Parlement a un rôle de co-décision à jouer. Il est maintenant nécessaire de faire confirmer ces orientations et il sera temps ensuite de rentrer dans les modalités de la mise en œuvre.

La profession a enregistré des succès non négligeables avec un commissaire chargé de l'agriculture qui fait preuve de volonté et d'ambition mais qui subit l'encadrement de ses collègues à la Commission.

Dacian Ciolos est convaincu de la nécessité d'une PAC ambitieuse : il semble avoir développé une tactique remarquable face à un Président et une majorité au sein de la Commission hostiles à l'agriculture : tout d'abord, appel à l'opinion publique au travers de la consultation publique puis, propositions très proches de celles du Parlement, le rapport Lyon pour une PAC post 2013.

Ainsi, en deux ans, l'agriculture a retrouvé des couleurs et nous pouvons espérer faire partie des grandes stratégies de l'Union pour l'avenir. Pour cela que faut-il ?

1. D'abord, un budget. Celui de l'Union bien sûr et à l'intérieur, celui de la PAC.  Sur ces points, nous serons fixés en juin prochain. Il faut rester fermement optimiste.

2. Deuxième nécessité pour concrétiser une stratégie européenne : appliquer une politique simple mais efficace.

Nous devons participer au défi alimentaire mondial. Nous avons des terres fertiles, de l'eau, un climat tempéré : il n'est pas concevable économiquement mais surtout moralement que nous n'ayons pas de volonté exportatrice.

Toutefois, parallèlement, nous devons assurer une sécurité alimentaire en qualité et en quantité pour nos 500 millions de consommateurs européens. Les produits alimentaires qui ne respectent pas nos normes qualitatives, sociales, environnementales doivent être pénalisés au risque de déstructurer notre potentiel de production et affaiblir nos normes sociales et environnementales.

En un mot, c'est sur ces bases que doit être maintenue, en respect avec les règles internationales, une vraie préférence communautaire.

Ensuite, l'Union Européenne a testé la volatilité des prix au cours des 3 dernières années. Paysans, industriels et consommateurs ont vu que personne n'y avait rien à gagner. Nous devons mettre en œuvre des outils de régulation interne :

  • Outils de politique publique d'abord avec le maintien du stockage public, aides au stockage privé, accompagnement et promotion de l'export, aides au dégagement de marchés…etc.… Mais, à la différence de ce qui a été fait sur le lait en 2009, ces outils de régulation doivent être très réactifs et agir à titre préventif et non exclusivement lorsque les acteurs sont en pleine crise.
  • Outils privés ensuite, pour mieux connaître les tendances de marchés, mieux se préparer à leurs évolutions, pour renforcer le pouvoir des agriculteurs dans les filières et face à l'aval.

La FNSEA s'est battue contre le système aveugle du découplage mais il est en place. Alors il faudra prendre le temps dans chaque pays pour découpler avec convergence des soutiens sur les hectares. Par contre, nous nous opposons fortement à la convergence européenne, au « flat rate » car ce serait oublier les disparités de pouvoir d'achat entre paysans dans l'Union européenne.

Mais, le caractère aveugle du soutien découplé, harmonisé à terme, est à pondérer par des ajustements nationaux indispensables au maintien de certaines productions. Il y a par exemple, en France, le blé dur, le pruneau, le tabac, les tomates d'industrie… productions pour lesquelles les marges de manœuvre d'un article 68 sont indispensables.

Les soutiens du premier pilier sont soumis au respect des règles de conditionnalité, qu'il faut simplifier et harmoniser. Une grande majorité des Etats-membres - dont la France fait partie - est d'ailleurs opposée à une accentuation des règles.

Enfin, pour compenser les handicaps, accompagner une politique structurelle, soutenir le renouvellement des générations, l'innovation, la recherche et aider ceux qui le veulent à s'engager dans des « biens publics » au-delà de l'obligatoire contenu dans la conditionnalité, les soutiens du 2ème pilier restent essentiels.

 

Conclusion, faire évoluer ou tout refaire ?

«  Tout refaire » équivaudrait à détruire un système qui a permis mieux qu'aucun autre le développement de l'agriculture européenne et à nier la seule politique véritablement commune au sein de l'Union. Ce serait une terrible et dangereuse erreur.

« Faire évoluer» est une nécessité.  La donne n'est plus la même et être aveugle face à ces changements conduirait les agriculteurs européens droit dans le mur alors que nous avons l'envie, le savoir-faire et les potentiels.

Les paysans européens en général, et français en particulier ,sont profondément porteurs d'une politique agricole commune ambitieuse, prête à relever les défis de ce 21ème siècle tout en assurant un revenu à une agriculture que l'Union européenne a choisie de taille familiale.

 

 

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