La campagne présidentielle est déjà
ouverte avec son lot de petites phrases et autres critiques. On
sent les débats s'animer et les positions comme les postures, se
figer. La liberté d'expression permet tout cela et les joutes
politiques vont se développer. La démocratie en est le cadre et
nous pouvons en être fiers. Dans cette campagne politique, nous
voulons que l'agriculture prenne toute sa place, non par réflexe,
non par tradition mais par envie, par nécessité et par volonté.
Entre hasardeuses promesses et faux espoirs, il y a une place pour
d'autres réflexions, plus originales, sans être pour autant
impossibles. La crise économique et financière peut nous aider dans
cette démarche. La folie des marchés et d'une partie de ceux qui
les animent doit nous faire penser, de nouveau, à la place de
l'Homme dans la société et plus spécifiquement à la place du paysan
au sein de la nation. Rien de plus. Rien de moins... Nous avons une
place à retrouver. Notre manque de compétitivité nous a fait perdre
beaucoup d'énergies vives, celles-là même qui peuvent stimuler
l'économie agricole et agroalimentaire. En effet, comment continuer
à se battre à armes égales, avec, notamment des écarts de coûts
sociaux et de normes aussi importants à l'intérieur de l'Europe,
comme à l'extérieur ? D'ailleurs, face à ce constat, la
TVA sociale, idée défendue depuis 10 ans par la FNSEA, peut nous
aider dans notre volonté farouche de retrouver une meilleure
compétitivité.
Il ne s'agit pas d'être les
premiers pour être les premiers. Il s'agit de revenir à nos
fondamentaux. Nous produisons pour qui ? Pour quoi ?
Quels sont nos objectifs ? Quelle rémunération pour quel
travail ? Ces questions peuvent sembler banales mais elles ne
le sont pas à l'aune de ce que l'on souhaite pour une agriculture
dynamique et conquérante. Il s'agit probablement d'avoir un
nouveau contrat entre agriculture et société, agriculteurs et
citoyens. L'objectif est bien de satisfaire des besoins croissants
et diversifiés. L'éclatement des modèles familiaux et sociaux rend
les choses d'ailleurs plus complexes. Pourtant, nous avons
conscience que l'agriculture doit encore s'adapter pour faire face
aux nouvelles attentes des populations. De l'alimentation de la
planète à la chimie verte, du conventionnel au bio, des signes de
qualité à la production d'énergie, de la santé à la protection des
ressources naturelles, nous avons de multiples opportunités à
saisir. La chance de la France est d'avoir tous les climats et
toutes les agricultures. Notre chance est aussi de pouvoir
répondre, à la fois à une demande de proximité, et grâce à nos
entreprises agroalimentaires, à des marchés de grande consommation.
Notre avenir c'est une agriculture adaptée et adaptable. Ceci ne
peut se faire que dans une stabilité et une lisibilité impératives
pour pouvoir se développer et produire plus et mieux. Le progrès ne
peut se faire sans espérance, et l'espérance d'un vrai revenu pour
les producteurs.
Mais arrêtons-nous sur l'espérance,
base de tout si ce n'est de beaucoup. Parler d'avenir sans
mentir, voilà la quadrature du cercle. Plus qu'une philosophie, il
s'agit d'actes de vie : La vérité, l'humain, le projet, le
concret, des concepts en apparence communs mais au fond qui
révèlent la fierté d'être français, la fierté d'être agriculteur,
la fierté d'être paysan en France. Sortons du débat stérile sur la
décroissance et affirmons qu'une croissance durable liant
performance économique et environnementale est une voie de
progrès.
Les agriculteurs et agricultrices
de notre pays doivent se replacer dans une société qui est passée
des valeurs aux moyens. La rigueur et Internet, la solidarité et
Twitter, la volonté et la TNT, l'esprit d'équipe et Facebook. Ne
les opposons pas, mixons les plutôt pour le meilleur et pour…. pour
le meilleur. L'agriculture a su garder des principes et des valeurs
qui peuvent servir à notre pays mais pour cela il faut que la
République garde… des agriculteurs, des agriculteurs bien dans leur
peau et dont elle doit être fière.
En participant à la construction de
la France, nous avons construit de l'espérance et donc des chances.
Maltraités parfois et montrés du doigt souvent, les paysans veulent
une juste reconnaissance de ce qu'ils sont et de ce qu'ils
apportent. L'heure est à la réconciliation, au rassemblement, au
collectif et à l'harmonie. (Vivre ensemble dans un nouveau
respect !). Ce que le progrès scientifique et technique peut
apporter en positif aux productions, nous devons l'accompagner de
nouvelles règles en matière de relations humaines dans une société
marquée par la défiance et la peur. La confiance se gagne et se
construit. Simple à dire ou à écrire, compliqué à mettre en
œuvre !
C'est la voie possible pour un
nouveau contrat social raisonnable et raisonné.
Au moment où la mondialisation
financière conduit à tous les excès et où la proposition de
démondialisation, occasionne les risques du repli sur soi, l'excès
de raison ne peut nuire. Replacer l'Homme au centre des
dispositifs, voilà un projet qui doit trouver des aboutissements
concrets. Une voie médiane n'est pas forcément une voie
moyenne ! La France agricole et la France tout court ont un
destin lié dans ce projet.
La campagne présidentielle sera
l'occasion non pas de dire ou redire tout cela mais plutôt de
l'exploiter et d'en parler différemment. Il faut redonner du sens à
nos missions et à nos actions. La recherche de compétitivité
n'empêche pas l'humanité. La volonté de résultats ne bloque pas le
collectif et les causes. La nécessité de l'efficience n'est en rien
un frein au durable et à l'écologiquement compatible. La
performance doit être économique mais aussi environnementale comme
sociale. Dans quelques semaines, nous produirons une plateforme,
document de base de toute discussion avec les candidats à la
Présidence de la France. Le monde agricole mérite ces débats. Nous
ne sommes ni d'un camp, ni d'un « champ » partisan. C'en
est fini d'un électorat paysan qu'on caressait dans le sens du poil
pour s'attirer ses bonnes faveurs. Moins nombreux, mieux formés,
plus modernes, les agriculteurs veulent la vérité. Cette même
vérité qui permet de se regarder dans le miroir du pays avec
fierté, avec espérance. Le progrès peut nous y conduire, la
confiance aussi. Nous faisons un beau métier mais pour demain nous
avons besoin de progrès économiques, sociaux, environnementaux,
techniques et scientifiques. Tout cela se tient et, dans l'urne,
nous nous y tiendrons.
Xavier Beulin
Président de la FNSEA