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« Le temps est venu de reconquérir notre souveraineté alimentaire »

13 mai 2020

La FNSEA entend tirer les leçons du Covid-19. Elle propose un « Manifeste pour une souveraineté alimentaire solidaire », dans l’objectif de garantir à notre agriculture une croissance durable. La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert et le secrétaire général, Jérôme Despey, en dévoilent les grands principes.

Quels enseignements tirez-vous de la pandémie du Covid-19 et de ces semaines de confinement ?

Christiane Lambert (CL) : Cette crise sans précédent révèle combien l’agriculture et l’agroalimentaire constituent des secteurs économiques et sociaux stratégiques, de tout premier plan. De l’amont à l’aval, des fournisseurs de l’agriculture (machinisme, semences…) à l’achat des produits par les consommateurs, la longue et complexe chaîne agricole et alimentaire a tenu bon, en mobilisant ses forces pour assurer l’approvisionnement en produits sains, sûrs et de qualité. Les craintes de pénurie se sont très vite estompées et chacun des Français a, je pense, pris conscience du travail réalisé par les agriculteurs. Le chef de l’État a lui-même rappelé, lors de ses allocutions des 12 mars et 13 avril et lors de son déplacement en Bretagne le 22 avril, l’importance de « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française ». La FNSEA s’inscrit d’autant plus dans cette perspective que c’est un message que nous portons depuis plus de dix ans.

Jérôme Despey (JD) : A bien des égards, la situation inédite que nous vivons a entraîné une modification du comportement des consommateurs tant dans leur mode que dans leur lieu d’achat : hausse de consommation des produits de longue conservation, report des repas pris en restauration hors domicile vers la grande distribution, engouement pour les circuits de proximité et les drives. Les agriculteurs ont dû s’adapter et tout réorganiser dans l’urgence pour approvisionner les consommateurs en produits frais et de saison.  Le succès est au rendez-vous pour beaucoup de production. Mais la situation est très critique pour l’horticulture, la viticulture, la cidricultue, certains fromages, pour les filières du cheval, de l’aviculture, ou encore du veau, de l’agneau et des pommes de terre. Les causes sont multiples : la fermeture de nombre de leurs débouchés a pesé lourdement sur l’écoulement de produits agricoles bruts ou transformés.

La grande distribution a certes joué le jeu de l’origine France et continue de le faire, mais à la FNSEA, nous restons très attentifs à ce qu’elle ne profite pas d’effets d’aubaine et qu’en bout de chaîne, l’agriculteur soit rémunéré au juste prix.

Cette crise a, par ailleurs, relevé notre dépendance aux saisonniers étrangers pour assurer les récoltes de printemps et d’été. Le manque de main-d’œuvre s’est très rapidement fait sentir. Nous avons cherché à pallier ce manque en lançant un appel auprès des Français sans activité pendant le confinement, et qui ont fait preuve d’un grand élan de solidarité envers notre secteur. 

Restaurer la confiance entre les acteurs économiques

Vous avez évoqué les propos du Président de la République concernant le rétablissement d’une indépendance agricole. Quelle vision de la souveraineté alimentaire portez-vous ?

CL :  Le discours du Président est un discours charnière : il est à la fois un appel et une promesse. Un appel à la prise de conscience que l’alimentation est stratégique. Une promesse d’accompagner une agriculture de production, compétitive, au cœur d’enjeux environnementaux et stratégiques. La souveraineté alimentaire française est le défi de la prochaine décennie. Il est anormal que notre production agricole française stagne depuis 20 ans alors que la population a augmenté de 11% sur la même période. Cette souveraineté doit répondre à des impératifs de rémunération pour les agriculteurs, pour pérenniser les filières et restaurer la confiance entre les différents acteurs économiques.

La souveraineté́ alimentaire, c’est d’abord reconnaitre l’acte de production. C’est conserver et moderniser des outils de production et de transformation sur l’ensemble du territoire et qui permettent, sur la base de la pluralité́ de nos systèmes agricoles, de fournir une alimentation saine et diversifiée, accessible à toute la population. Ce sont les consommateurs qui ont apporté la démonstration de notre conviction. Il faut produire pour toutes les gammes.

JD : La parole du Président de la République nous conforte dans notre conviction, nous qui avons toujours soutenu que l’enjeu de la souveraineté alimentaire était stratégique et devrait être prioritaire. Nous portons la vision d’une souveraineté ouverte, qui refuse le repli sur soi mais s’écrit à l’échelle européenne ; responsable, qui participe aux équilibres alimentaires mondiaux et appuie le développement de la souveraineté alimentaire des autres régions du monde ; durable, en répondant aux enjeux de la transition écologique de la planète. En somme, une souveraineté alimentaire solidaire !

Pacte de confiance 

Quels sont les outils qui, selon vous, permettraient de parvenir à cette souveraineté alimentaire ?

CL : Cette souveraineté que nous souhaitons tous ouverte et responsable est le contraire d’un repli sur soi. Certes, elle doit être réalisée à l’échelon français par la mise en place de stocks alimentaires stratégiques comme il en existe pour le carburant, dans le milieu sécuritaire et militaire par exemple. Le Plan protéines que nous portons depuis des décennies s’inscrit dans la même logique. Cette souveraineté passe par la mise en place d’un pacte de confiance tripartite entre les agriculteurs, les consommateurs et l’État.

Elle doit également s’exprimer dans un contexte européen. Je rappelle à ce propos que la PAC est un outil de régulation à préserver. Elle a été conçue comme une véritable politique de souveraineté alimentaire après-guerre : ne l’oublions pas ! Elle n’est pas réservée aux seuls agriculteurs  : elle concerne bien les 550 millions de consommateurs des 27 pays de l’Union européenne.

Notre souveraineté doit appuyer et accompagner la souveraineté alimentaire des autres pays par des échanges équitables. Si l’Europe est le premier exportateur mondial de biens manufacturés et de services, constituant ainsi le premier marché d’exportation pour environ 80 pays, elle est également le premier espace économique à échanger avec les pays du Sud. Plus que jamais, ces échanges devront intégrer le nécessaire respect des intérêts de la planète. Il n’existe pas de planète Terre Bis. Il est temps de reconquérir notre souveraineté alimentaire qui devra, avant tout, être durable et solidaire.

JD : Cette souveraineté passe indéniablement par le pacte de confiance évoqué par Christiane Lambert. La FNSEA s’est clairement positionnée pour la défense d’une agriculture de qualité, compétitive, s’inscrivant dans la transition écologique. Les nombreux engagements environnementaux répondent à cet objectif et la FNSEA entend éviter toute dérive, en privilégiant le dialogue et le partage. Ce Pacte de confiance doit donner la possibilité aux agriculteurs de répondre à toutes les attentes des consommateurs en matière de produits, qu’ils soient standards et « bon marché », issus de l’agriculture raisonnée, bio, sous signe de qualité etc. Ce pacte de confiance doit permettre aux agriculteurs de vivre décemment du fruit de leur travail. C’est pourquoi, il importera qu’agriculteur, consommateur et État respectent chacun leur part du contrat. Nous appelons aussi à faire de la compétitivité un axe majeur de cette reconquête. Un exemple : nous produisons 30.000 tonnes de fraises par an quand la consommation française dépasse les 120.000 tonnes. Nous disposons du savoir-faire, des outils nécessaires mais nous sommes bloqués par d’importantes distorsions de concurrence sociales, environnementales, fiscales et commerciales, parfois au sein même de l’Union européenne. Un travail de clarification et d’harmonisation d’un certain nombre de règles doit être entrepris très rapidement.

Chacun a un rôle à jouer

Cette souveraineté alimentaire va-t-elle, selon vous, constituer une véritable rupture ?

CL : L’objectif d’atteindre (une indépendance et) une souveraineté alimentaire est réalisable. Cependant, c’est un chantier de longue haleine qui va nécessiter du courage politique, et va impliquer toute une génération d’agriculteurs. Notre travail, à la FNSEA, sera de porter ce projet. Mais nous ne pourrons pas l’effectuer seuls. D’autres acteurs doivent y prendre toute leur part : l’État, les consommateurs, les filières, la grande distribution mais aussi la recherche et développement, l’innovation numérique… Ce chantier doit être lancé sans plus attendre. Cet objectif ambitieux est attendu par les agriculteurs. C’est à nous d’expliquer à l’opinion que l’absence de souveraineté alimentaire peut parfois conduire à l’instabilité politique, économique et sociale et parfois à des émeutes de la faim.

JD : Personnellement, je suis convaincu qu’il y aura un avant et un après Covid-19. Au temps de l’émotion succède toujours celui de la réflexion puis celui du passage à l’acte. Profitons de ces instants pour sécuriser notre vocation alimentaire et redonner à l’agriculture toute sa place au sein de la société française et européenne. Notre métier connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. Beaucoup de consommateurs français ont pris conscience de notre utilité quotidienne et stratégique. Pour préserver cette perception, il nous faut cultiver ce capital confiance.

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