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Le Fil Agricole n°45

7 juillet 2021

N°45 – Semaine du 17 mai 2021

ACTUALITÉS AGRICOLES

RETOUR ET ENSEIGNEMENENTS SUR LE GRAND RENDEZ-VOUS DE LA SOUVERAINETE ALIMENTAIRE : UN ENJEU CAPITAL POUR L’AGRICULTURE !

Indépendance, protection, identité, revenus, changement climatique, organisation, compétitivité, transitions, autonomie, clauses miroirs… Tels sont les principaux thèmes abordés lors du grand colloque sur la souveraineté alimentaire organisé le 18 mai dernier par le Conseil de l’agriculture française, sous l’égide de la FNSEA. Retour sur les enseignements et verbatims tirés de cet évènement.

Sortir de la dépendance

Introduit par Pascal Cormery, Président de la MSA, et Jean-Luc Poulain, Président du CENECA (organisateur du Salon International de l’Agriculture), le colloque s’est poursuivi avec la prise de parole du ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie. Réaffirmant qu’il n’y a « pas d’agriculture sans agriculteurs » et qu’il n’y a « pas de pays fort sans agriculture forte », il fait part de ses convictions sur la souveraineté alimentaire. « Il faut sortir de notre dépendance aux importations », a-t-il plaidé, s’inquiétant de voir la France dégringoler à la 6e place des pays exportateurs en agroalimentaire, « derrière l’Allemagne et les Pays-Bas », alors qu’elle était encore sur le podium (3e) en 2005. Pour le Ministre, il faut également sortir de la dépendance au changement climatique et aux marchés qui « ne respectent pas nos standards de production » et qui ne valorisent pas la qualité, cette dernière restant « la marque de fabrique de l’agriculture française », a-t-il assuré. Fustigeant « une guerre de prix mortifère », il a également appelé à revenir « à la science et à la raison » sur le dossier de la protection des plantes et de l’innovation.

« Plan Marshall de reconquête »

Au cours de la première table-ronde au titre « Souveraineté alimentaire : avons-nous encore le choix ? », le Commissaire européen Thierry Breton a rappelé le défi de la double transition que l’agriculture et le secteur agroalimentaire devront mener dans les prochains mois : celle de la transition verte et numérique. « La Commission européenne ne ménagera pas ses efforts et le chemin ne sera pas aisé. Cependant, nous avons toutes les cartes en main pour réussir ensemble », a-t-il attesté. Ce qui inclut le consommateur « qui est le véritable souverain aujourd’hui », a précisé Sébastien Abis, Directeur du Club Déméter. « Mais il ne doit pas oublier toute la chaîne de sécurité et de valeur de ce qu’il a dans son assiette », a-t-il ajouté. L’une des pierres d’achoppement de cette souveraineté qui semble échapper à la ferme France vient que « nous exportons des produits bruts et que nous importons des produits transformés », a expliqué Dominique Chargé, Président de La Coopération agricole. Et de prendre l’exemple des pommes de terre des Hauts-de-France qui traversent la frontière pour être transformées et revenir sous forme des sachets chips sur le territoire national, « laissant ainsi échapper toute un pan de valeur ajoutée ». Interrogé sur sa vision stratégique de la souveraineté alimentaire française, le Haut-Commissaire au Plan, François Bayrou, a plaidé pour un « Plan Marshall de reconquête » à l’image des États-Unis qui, en plus de 3 500 milliards de dollars dégagés après la crise de la Covid-19 viennent d’en ajouter 2 200 milliards de plus.

« Nouveau contrat social »

Au cours de la seconde table ronde (« Comment réussir le défi de la souveraineté alimentaire ? ») les débats se sont plutôt concentrés sur les défis écologiques, le renouvellement des générations et l’international. La Présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a rappelé que la reconquête de l’agriculture périurbaine francilienne passait également par une meilleure maîtrise du foncier et par la reconquête des friches industrielles : « Sous l’ère de mon prédécesseur (Jean-Paul Huchon, ndlr), 1 300 ha/an étaient détruits. Nous avons réduit cette artificialisation à 500 ha. Notre objectif est zéro artificialisation nette en 2050 mais aussi de porter à 15% notre alimentation locale aujourd’hui à 3% », a-t-elle affirmé. Le Président de JA, Samuel Vandaele, a abondé dans ce sens, expliquant que la souveraineté passe par la « protection du foncier et du revenu » par « la préservation des ressources, notamment celles en eau » et enfin par la transmission, non seulement d’une exploitation mais aussi « des savoir-faire ». Pour le Député européen (LREM), Pascal Canfin, la souveraineté passe par l’adoption des clauses-miroirs qui sont un premier pas pour inciter certains pays à s’aligner sur la législation européenne en termes de normes, notamment celles sur la protection de l’environnement (biodiversité, produits phytosanitaires…). Elle passe aussi par la résistance aux traités internationaux (CETA, Mercosur…) qui devront désormais être compatibles avec les objectifs du Green Deal et du « Farm to Fork ». C’est d’ailleurs sur cette base que se construit « un nouveau contrat social entre les agriculteurs et la société », même si aujourd’hui « il manque des contrats de transition agricole », a-t-il estimé.

Responsabilité politique

Dans la séquence « Regards croisés » entre Christiane Lambert, Présidente de la FNSEA et Dominique Seux, Directeur délégué de la rédaction du quotidien Les Échos, ce dernier a tenté d’établir un parallèle entre la désindustrialisation qu’avait connue le pays au début du millénaire, avec ce que vivait actuellement l’agriculture. « La seule différence qui existe, c’est que contrairement aux industries, nos exploitations ne sont pas délocalisables », s’est empressée de rectifier Christiane Lambert, qui impute une partie de la situation actuelle de l’agriculture à certaines orientations politiques qui « ont une responsabilité quand ils opposent agriculture et environnement », a-t-elle souligné. Heureuse de voir les efforts pour « réconcilier l’écologie et la science » », elle reste tout de même agacée par certains militants qui « forcent le trait (…) » sur le travail des agriculteurs et influencent négativement l’opinion. « Or les Français aiment leurs agricultrices et leurs agriculteurs », a-t-elle affirmé, reprenant les chiffres du dernier sondage #Agridemain et Crédit agricole. Pour la présidente de la FNSEA, l’éducation du consommateur est aussi l’une des clés de la souveraineté. C’est en partie pourquoi les agriculteurs se sont emparés de leur propre communication et qu’ils expliquent, de manière transparence et pédagogique, leur travail quotidien.

« Mère des batailles »

Lors de la dernière séquence de ce colloque, le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, a répondu aux questions directement posées par des agriculteurs. Il a clairement indiqué que le « revenu agricole est la mère des batailles » et que sur ce point, « la loi Egalim a permis certaines avancées » mais mérite aussi de voir gommer en urgence ses imperfections notamment via la proposition de loi déposée par Grégory Besson Moreau (LREM, Aube) qu’il espère voir voté par le Parlement avant les prochaines négociations commerciales (prévues à partir d’octobre 2021, ndlr). Préserver le revenu passe aussi par la « lutte contre la concurrence déloyale, au sein et en dehors de l’Europe », a indiqué Emmanuel Macron qui entend mettre en place des clauses miroirs. « Il faut pouvoir refléter nos contraintes avec les gens avec qui on commerce (…) Notre intérêt, c’est l’ouverture parce que nous produisons pour nous nourrir, nourrir nos voisins, notre proximité, mais aussi pour exporter. Simplement, non à la concurrence déloyale. Et là, il faut être très ferme », a-t-il ajouté. Questionné sur les aléas climatiques, il a affirmé vouloir « repenser le modèle assurantiel » et même créer « un système totalement neuf » d’assurance récolte, abondé par un financement public. L’agriculture « n’est pas un risque assurable comme les autres », surtout avec les actuels niveaux de revenus agricoles, a-t-il expliqué. Confirmant la tenue d’un Varenne de l’eau, il a regretté que le pays soit « traumatisé par ce sujet ». Ce Varenne de l’eau « mettra à plat tous les projets » existants (retenues, barrages, etc. ndlr) et les intégrera « dans des projets de territoires ». Il entend notamment « simplifier » l’examen des projets de retenues, « définir une méthodologie beaucoup plus rapide et faire sortir ces petits projets en quelques mois, et pas en 18, 24 et quelque fois plus, 36 mois », a-t-il précisé. Interpelé sur les produits phytosanitaires, le chef de l’Etat a assuré qu’il fallait être « pragmatique » et qu’il ne « laisserait pas les agriculteurs sans solutions ».

BAROMÈTRE HEBDOMADAIRE DES PRODUCTIONS AGRICOLES

Le baromètre hebdomadaire des productions agricoles et le fil rouge de l’actualité des filières nationales et de leurs marchés.

LA PRODUCTION DU RIZ FRANÇAIS AMPUTÉE DE 30%

Selon les dernières estimations du Syndicat des riziculteurs de France, la production française de riz devrait chuter de 30% lors de la prochaine campagne. En effet, après avoir atteint 80 000 tonnes en 2020, elle ne devrait pas dépasser 57 000 tonnes en 2021. L’une des causes principales tient à l’abandon de cette culture par les riziculteurs qui se tournent vers le maraîchage. Cela étant expliqué par une distorsion de concurrence entre les riziculteurs italiens et français qui bénéficient de trois à quatre fois plus de produits phytosanitaires autorisés, permettant de sécuriser leur production. C’est pourquoi malgré la bonne tenue des cours du riz à environ 350 euros la tonne, beaucoup de riziculteurs français préfèrent se tourner vers d’autres productions comme la tomate, les salades ou les melons. La France compte environ 160 exploitations cultivant du riz, essentiellement en Camargue, 2/3 dans les Bouches-du-Rhône, 1/3 dans le Gard et quelques riziculteurs dans l’Aude et en Guyane. On note un rendement moyen d’environ 57 quintaux par hectare. Cette production est aujourd’hui répartie sur environ 14 000 hectares, contre 25 000 ha en 1995, mais de seulement 5 000 ha dans les années 80.

AVICULTURE : EN MARS 2021 LES ABATTAGES DE VOLAILLES ONT CHUTÉ SUR UN AN

Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, note en mars 2021 une chute de 6,1% des abattages de volailles de chair et de ponte, en têtes et en tonnage, par rapport à 2020. En effet, il s’agit de la conséquence des abattages préventifs pour lutter contre l’épidémie d’influenza aviaire hautement pathogène dans le Sud-Ouest. Les abattages ont fortement pénalisé l’activité de la filière des canards gras qui s’effondre de 38,8% en tonnage. Également, la filière de la dinde essuie aussi un net repli de son activité avec -6,5% sur un an. Ce qui est encore pire pour celle des canards à rôtir avec -13,9% et une production qui tourne au ralenti en attendant la réouverture de la restauration hors domicile et des marchés à l’exportation. Cependant, seule exception pour les abattages de poulets de chair qui restent stables par rapport à leur moyenne sur cinq ans, mais tout de même en repli sur un an de -1,3%.

 

Contact

Service affaires publiques FNSEA
mail : guillaume.lidon@reseaufnsea.fr
tél : 01 53 83 48 92 
 

 

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